Sur les traces d’Anthony Belleau


Ses parents Didier et Evelyne Belleau // 

Anthony Belleau a grandi au grand air, au sein de l’exploitation familiale à Monflanquin. « Enfant, quand il voyait les engins agricoles, il voulait devenir paysan » se souvient sa mère. Mais son amour du rugby l’a très vite rattrapé. Enfant, il s’amusait déjà à buter dans le jardin entre deux tuyaux d’arrosage attachés avec une barre en travers et suivait de près le SUA des Gelez, Crenca, Elhorga et consorts, aux côtés de ses parents. « Lors d’un déplacement à Northampton en 2003, il disait dans l’avion qu’un jour il serait numéro 10 et passerait à la télé » se souvient sa mère qui vit son ascension avec beaucoup de recul. Onze ans plus tard, alors qu’Anthony est pensionnaire du pôle espoir de Talence et évolue encore au SUA LG, il est sur les tablettes des plus grands clubs français. « Après une victoire avec les moins de 18 ans de l’équipe de France face au Pays de Galles où il avait dévoré le match, les recruteurs de Bayonne, Grenoble, Bordeaux, Clermont et Toulon ont voulu s’attacher ses services » explique son père, ancien président de l’US Monflanquin. Durant l’été 2014, alors que le SUA est en Pro D2, le jeune ouvreur décide de visiter les installations auvergnates et varoises. « Après sa visite médicale à Clermont, il était sous le charme et voulait signer là-bas. Mais on s’était engagé à rencontrer les dirigeants toulonnais le lendemain et on a tenu notre promesse » Sur la Rade, le manager Bernard Laporte, le président Mourad Boudjellal mais surtout son idole de jeunesse, Sir Jonny Wilkinson le reçoivent en grande pompe. Il s’entraîne avec les stars du RCT et en fin de séance, le champion du monde Anglais le prend pour buter avec lui. « C’est ce qui a fait pencher la balance côté toulonnais » explique son père qui a joué 20 minutes avec les Juniors du SUA en 1971 avant de se blesser gravement à la jambe. En mai dernier, alors qu’il ne compte que deux titularisations en pro avec les Rouge et Noir, Anthony se révèle aux yeux du grand public en claquant un drop salvateur sur la sirène face à La Rochelle et en envoyant le RCT en finale. « C’est un beau pied de nez à tous les gens qui nous ont critiqué lorsqu’il est parti à Toulon » sourit son père. Cet été, il aurait du revenir à Agen sous forme de prêt mais le président toulonnais Mourad Boudjellal a finalement décidé de garder sa pépite sur la Rade. « Tant mieux car je lui déconseillais de rentrer à Agen, ajoute Didier Belleau. Je suis en conflit avec les dirigeants agenais car lorsqu’ils avaient appris le départ d’Anthony au RCT, ils avaient arrêté de financer ses études. Et puis il a tous ses copains ici. J’avais un peu peur de ce contexte et qu’il n’ait pas totalement la tête qu’au rugby. » Le 11 novembre, le gamin de Monflanquin pourrait croiser la route de l’ogre All Black avec le maillot bleu, pour la plus grande crainte de sa mère. « J’ai peur de ces monstres physiques mais je suis contente car il va rencontrer ses idoles de jeunesse. D’ailleurs il connaît le haka par coeur et nous le faisait quand il était petit. »


Son formateur Bernard Lataste // 

Bernard Lataste, coordinateur de l’Entente des 4 Cantons Haut Agenais, a découvert le talent du prodige Belleau du côté de Monflanquin et raconte l’itinéraire de ce surdoué du rugby.

« Déjà à 12 ans, après les rencontres des seniors de Monflanquin, il s’amusait à buter sur le terrain d’honneur et réussissait des tirs aux buts de 40 mètres. C’était assez bluffant surtout qu’il tapait déjà des deux pieds ! » se remémore Bernard Lataste, son formateur à l’Entente des 4 Cantons Haut Agenais*. Anthony Belleau a porté les couleurs des Prune et Blanc de 6 à 14 ans avant de partir jouer deux saisons avec les Cadets du SUA LG. Gamin, il marquait déjà les esprits par ses qualités naturelles et son intelligence de jeu bien au-dessus de la moyenne. « Dès les Benjamins, il était très collectif et ne commettait aucune faute de goût tactiquement. Lorsqu’il y avait des surnombres à jouer, il ne se trompait jamais. Pourtant un jeune qui possède autant de qualités a tendance à être personnel dans son jeu mais lui ne l’était pas du tout. Il aimait faire marquer ses coéquipiers » se souvient le petit Napoléon de la Vallée de la Lède qui était également son éducateur à la section rugby du collège de Monflanquin. « Dans tout ce qu’il faisait, il était très appliqué. C’était un véritable moteur au sein de groupe. »

Le passionné Bernard Lataste, qui a également formé les demis de mêlée Charlie Cassang (Clermont) et Rémy Chateauraynaud (espoirs Bayonne), se rappelle du perfectionniste Anthony Belleau qui forçait l’admiration de tous. Dès son plus jeune âge, il ne laissait rien au hasard et apprenait de toutes ses déconvenues. « Je n’avais jamais rencontré un jeune avec une capacité d’auto-analyse aussi développée. Il avait cette pédagogie de l’erreur, pour se remettre constamment en cause, en analysant toujours très justement ses situations d’échecs. » Belleau était un bosseur-né, apprécié pour son humilité et sa gentillesse : « C’est vraiment un bon gars avec beaucoup de valeurs, encore aujourd’hui. Malgré la médiatisation, il n’a pas changé et reste très abordable ». L’éducation familiale est un élément très important dans la réussite du prodige, selon le gourou des 4 Cantons. « Son père l’a parfaitement accompagné dans sa carrière. Il l’a guidé et non poussé ou adulé. C’est aussi pour cela qu’Anthony a la tête sur les épaules et c’est sa plus grande force ! » conclut son mentor Bernard Lataste.

*rassemblement de cinq villages : Monflanquin, Villeréal, Lacapelle, Cancon et Castillonès.


Son recruteur François Gelez //

« C’est assez rigolo car au début, c’est Anthony qui courrait derrière François Gelez et l’avait presque saoulé dans l’avion pour Northampton en 2003 (photo ci-dessous). Mais quelques années plus tard, c’est l’ancien ouvreur du SUA qui est venu chercher Anthony à la maison pour le faire venir au SUA et plus tard, lui courrait encore après pour le conserver au Sporting » se remémore Evelyne, la mère d’Anthony. Un souvenir partagé par François Gelez qui a gardé lui aussi la photo collector de ce périple anglais. Quelques années plus tard, c’est dans la peau de directeur de la formation agenaise, poste qu’il occupa à l’issue de sa carrière, qu’il retrouvera son jeune fan : « On l’a fait venir en cadet 1ère année de Monflanquin après l’avoir découvert dans les sélections minimes du Périgord-Agenais. Autant pour certains gamins on avait de longues discussions, autant pour Anthony… il n’y en a pas eue. Il était déjà au-dessus du lot techniquement. En cadet, j’ai rarement vu un joueur avec une telle qualité de passe. Il s’est très vite imposé comme le chef d’orchestre d’une génération pourtant dorée avec les Cassang, Béthune, Ghirard, Fouyssac qui avaient tous un an de plus que lui. Il était aussi très mâture. Trop même parfois…  Il était tellement passionné et en permanence dans la réflexion que parfois il en perdait de la spontanéité. Mais cette quête l’a conduit à ce qu’il est aujourd’hui. Je regrette toujours qu’on n’ait pas réussi à le garder un peu plus à Agen. Il aurait fallu l’intégrer en équipe première pour l’intéresser. De manière générale on a encore trop de mal en France avec les jeunes joueurs. A leur faire confiance… Sa sélection est une évidence même s’il faudra faire attention à contrario à ne pas le griller trop vite. J’aimerai que l’on s’inspire des Blacks et de cette volonté qu’ils ont d’intégrer les jeunes sans les mettre trop vite sous pression. Barrett a longtemps été dans l’ombre de Carter, il a eu le temps d’apprendre. Anthony sera prêt pour la Coupe du Monde 2023. Mais je crois qu’il ne sera pas le seul et c’est tant mieux. Parce que le petit Carbonel me semble aussi très fort. Et il y a aussi N’Tamack. C’est super !

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