Agriculture // L’extension du domaine de la butte en question


Michel Houellebecq avait, dans son roman Extension du domaine de la lutte, capté la déprime des Français face à un monde déshumanisé.  Les parlementaires de Lot-et-Garonne pourraient écrire un nouveau chapitre après leur visite sur l’exploitation des époux Roux, à Beauville.
Ces derniers, soutenus par la Coordination rurale, qui décidément ont l’oreille des politiques, ont souhaité « faire découvrir la réalité du terrain aux élus » pour qu’ils voient « quelles seront les conséquences concrètes de l’application de la directive Nitrates sur une exploitation ». Avec au menu, les restrictions appliquées aux épandages sur les terrains en pente et la mise aux normes du stockage du lisier.
Pas encore déprimés mais plutôt découragés par les normes européennes, Patrick et Elena Roux ont donc des points communs avec le héros existentialiste de Houellebecq. A redouter carrément la fin de leur existence, du moins en tant qu’agriculteurs.

Fin des terres cultivées

« C’est une situation absurde, martèle Patrick Roux, si je dois suivre toutes les mises aux normes, j’en ai pour 35 000 euros minimum d’investissements. » Et encore, ça c’est ce qu’il a pu chiffrer pour l’agrandissement de son hangar à lisier qui devrait passer de 400 mètres carrés à 550… Pour la limitation d’épandage sur ses terres en pente, il attend. « Même les pouvoirs publics ne savent pas à quel pourcentage de pente la directive doit s’appliquer, c’est du jamais vu. »
Et de brandir la menace de la fin des terres cultivées, pourtant source de richesses pour le territoire.

Quelle marge de manoeuvre ?

« Ce que j’aimerais savoir, c’est de quelle marge de manoeuvre nous disposons ? » Jean-Louis Costes, le député de la circonscription, prenait conseil auprès des représentants syndicaux pour mener le combat au niveau politique. Le président du département, Pierre Camani, faisait partie de l’auditoire. Coiffant sa casquette de sénateur, il a tenté de rassurer. « Il y a un petit espoir, enfin on se bagarre, confie-t-il aux agriculteurs et syndicalistes réunis, je vois le ministre de l’Agriculture la semaine prochaine et je lui proposerai de limiter au maximum l’application de la directive, de multiplier les contre-expertises. » Sinon, en l’état, la Chambre de l’agriculture l’assure, la mise en place de la réforme coûtera pour les exploitants du département, près de 12 millions d’euros.

Gauvain Peleau-Barreyre

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