Anthony Anno, l’homme de nombres


«Au sein d’équipes comme Montpellier ou Toulon, les joueurs sont tellement épais que l’analyse stratégique de l’adversaire, ils s’en foutent un peu. Ils vont leur casser la gueule de toute façon, même sans attaquer les zones faibles. Nous, on ne peut pas. » Non, le SUA doit se montrer malin pour (espérer) gagner. C’est pourquoi le club s’est attaché les services d’un analyste vidéo. Anthony Anno n’est pas un petit nouveau, il est arrivé sur les bords de Garonne en même temps que Mathieu Blin en provenance de Clermont où il a passé une dizaine d’années. Mais il a su faire évoluer son système pour faire du Sporting l’une des structures les plus avancées du pays en la matière.

La méritocratie en chiffres
Anthony Anno, 48 ans, est en quelque sorte un « geek » du rugby qui ne quitte jamais son ordinateur. Les jours de match, il est en tribune et « séquence » les actions en direct. « Grâce à des clés de performance, j’analyse sommairement la qualité de la mêlée, de la touche, des plaquages, de l’animation du ballon… L’action est jugée positive ou négative, rien de plus. Je suis également relié par radio à Mathieu Blin qui peut me demander de revisionner un moment clé », explique-t-il. Le staff peut ainsi s’ajuster et orienter ses choix au fur et à mesure que la rencontre avance. Une fois le match terminé, Anthony épluche les performances de chaque joueur : « Cela nécessite environ six heures de travail pour décortiquer les moindres mouvements et attitudes ». En découle une note individuelle calculée selon une équation propre à chaque poste. « Nous avons adapté au rugby le système d’évaluation du basket. Le résultat est objectif et permet de juger au-delà de l’impression visuelle parfois trompeuse », développe l’analyste. Comme à l’école, les notes se transforment en moyenne et les meilleurs élèves gagnent leur place dans le XV de départ. La méritocratie est une affaire de chiffres et de statistiques. Les impacts sont en outre comptabilisés afin d’adapter la gestion des entraînements et des séances de soin la semaine suivante.

Lecture stratégique avec les joueurs
Le lundi matin, le trio Blin-Crenca-Prosper débriefe le match avec les joueurs, souligne les erreurs à ne pas reproduire et se projette vers le suivant grâce au travail effectué la semaine précédente par Anthony, lui aussi diplômé pour entraîner. « On revient sur les cinq derniers matchs du futur adversaire pour dévoiler sa panoplie. On devine les choix qu’ils vont opérer contre nous. On présente aux joueurs une sélection de cinq ou six lancements et on travaille sur ceux qui peuvent nous mettre en difficulté », révèle-t-il. Les phases d’attaque et de défense sont scindées, respectivement le mardi et le jeudi en règle générale. Le vendredi est quant à lui consacré aux coups d’envoi.
Pour impliquer un peu plus le groupe dans le processus, Anthony Anno a, depuis quelques semaines, réintroduit des séances de « lecture stratégique » avec les joueurs : « Je leur demande plus ou moins de faire mon travail dans une configuration simplifiée. C’est à eux d’analyser la musique de jeu des opposants. Comme ils adhèrent au projet de jeu mis en place, ils comprennent très vite et s’imprègnent bien de ce qui les attend. Et on se trompe assez rarement. On prend très peu d’essais en première main », affirme-t-il. De la même façon, certains ballons sont aplatis dans le camp ennemi grâce à ces analyses, à l’image de celui de Balès contre Oyonnax. « A vitesse réelle, on pense qu’Alexi s’est juste engouffré dans un trou mais cet essai était dessiné sur le tableau quelques jours avant. » Reste maintenant à concrétiser plus souvent.

Dimitri Laleuf

Actif aussi sur le recrutement

Le travail d’Anthony Anno ne se limite pas qu’à la simple préparation des matchs. Depuis la dernière intersaison, il fait partie intégrante de la cellule de recrutement avec le trio d’entraîneurs et Philippe Sella. « Ce qui est logique vu que je vois plus de matchs », estime l’intéressé. Un joueur peut être recruté selon deux schémas. Soit il est proposé par un agent « qui peut promettre monts et merveilles, un joueur de classe internationale… », auquel cas Anthony fait lui-même un montage de toutes ses actions, bonnes et mauvaises, sur ses cinq dernières rencontres grâce aux images disponibles sur la plateforme Opta et les soumet à l’appréciation des membres de la cellule. Tom Murday a par exemple été enrôlé de cette façon. Soit l’analyste vidéo lance des recherches par profil. « Si mon bon de commande concerne un numéro 8 puissant, j’effectue une recherche sur les bases de données Opta avec des filtres et je peux analyser les joueurs dont les noms ressortent », détaille Anthony Anno. Ce fût le cas notamment de Johann Sadie. « Grâce à ce système mis en place peu avant la montée en Top 14, on tend vers moins de déchets. Après il faut faire avec nos moyens. On savait probablement bien avant Pau que Colin Slade était sur le marché, mais il ne correspondait pas à nos finances. Plus on est petit, plus il faut travailler pour dénicher des pépites avant que leur valeur n’explose. Et si l’on recrute tant d’étrangers, c’est parce que les jeunes français sont bétonnés par leurs clubs », poursuit-il. 

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