« C’est la première fois que je vois des élèves prendre le pouvoir »


Jets de pétards, tags, urine dans les couloirs, insultes, menaces, coups… Depuis quelques semaines, le lycée Georges-Leygues de Villeneuve-sur-Lot est le théâtre de violences importantes de la part de quelques élèves. Face à ces actes qui se multiplient, les enseignants de l’établissement ont déposé un préavis de grève pour le jeudi 26 janvier et demandé une audience auprès de l’Inspection académique. Certains ont même exercé leur droit de retrait face aux agressions dont ils sont régulièrement victimes. « Depuis la rentrée de septembre, le climat scolaire se dégrade », confirme Laetitia Calbet, professeure de lettres-histoire et déléguée syndicale SNETAA-FO.
L’enseignante met en cause « le manque de sanctions envers des élèves qui font des choses graves ». Au milieu de ce florilège qui concerne l’ensemble de l’établissement, une classe de terminale cristallise l’attention depuis une quinzaine de jours. « On fait face à des explosions de pétards mammouth en plein cours, dans les couloirs et même en déplacement à Infosup à Agen. On subit aussi des tags ou des petits papiers qui nous insultent nommément », confie un membre de l’équipe pédagogique qui préfère rester anonyme « pour ne pas mettre le feu aux poudres ».
Malgré les « cauchemars » et les « maux d’estomac », ces profs veulent « pouvoir emmener les élèves jusqu’au bac dans de bonnes conditions ».

« Garder les enfants au chaud »
Avant Noël, un autre fait  marquant avait agité le lycée. Face au comportement agressif d’une élève, une enseignante en panique l’avait giflée. Celle-ci lui a alors rendu le coup avant de s’en prendre à une autre professeure venue aider sa consoeur. « Certains veulent calmer le jeu pour ne pas mettre en porte-à-faux notre collègue qui a commis une erreur sous la pression.
D’autres pensent qu’il faut engager des sanctions contre la jeune fille », lâche Laetitia Calbet. Les équipes pédagogiques n’hésitent d’ailleurs plus à porter plainte mais déplorent une absence de suites. « On en arrive à banaliser et tolérer de plus en plus en choses et cela devient un danger.
La politique actuelle du rectorat est de fermer les yeux et de garder les enfants au chaud jusqu’à 18 ans pour qu’ils ne soient pas dehors. On en a marre de ce discours. C’est la première fois de ma carrière que je vois des élèves prendre le pouvoir dans un lycée », déplore Laetitia Calbet.

Pas de laxisme selon le proviseur
De son côté, le proviseur réfute tout laxisme : « Dire que l’on ne sanctionne pas est faux et archi-faux. Par ailleurs, nous prenons les problèmes à bras le corps avec des moyens supplémentaires. Nous avons mis deux surveillants supplémentaires. Mardi, nous aurons une formation spécifique. Nous disposons également d’un médiateur à temps complet pour régler ces problèmes. Des pics d’excitation, on en traverse. C’est vrai que l’on connaît en ce moment une accumulation. Mais ce n’est pas une raison pour que certains enseignants fassent l’amalgame entre des élèves difficiles qui ne sont peut-être que 5 ou 6 sur 1 200. Les situations n’ont rien à voir les unes avec les autres. Ce sont des classes et des individus différents à chaque fois et sur les événements passés, nous avons apaisé les choses », affirme Pierre Bollé, le chef d’établissement.

Dimitri Laleuf

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