Convention ou réseau : le théâtre fait sa scène


La rentrée n’est pas réservée qu’aux écoliers. Dans le domaine culturel on repart aussi pour une autre année, avec un nouveau programme et parfois de nouveaux atours. Les théâtres de Lot-et-Garonne, particulièrement ceux d’Agen et de Villeneuve-sur-Lot, joueront gros. Avec près d’un million de budget alloué aux deux structures, le retour sur investissement n’est plus tabou, le critère de rendement étant devenu aussi important que celui du rayonnement et de l’attrait. Avec deux stratégies bien différentes mises en place, Ducourneau et Georges-Leygues ont lancé les hostilités et dégainent leurs atouts.

Agen seule scène conventionnée du département
Dans la ville préfecture, on respire. La « vache maigre », animal totem des finances de la ville brandit par les édiles pour bien expliquer que les poches sont vides, reprend du poil de la bête. Mardi dernier, Ducourneau a enfin renouvelé son Graal. Le directeur régional des affaires culturelles, la président départementale de la commission culture, le maire d’Agen et la directrice du théâtre ont élevé, pour trois ans minimum, Ducourneau au rang de « scène conventionnée, théâtre et voix », la seule du département. « On est sur la bonne voie, les collectivités sont attentives à notre travail et à notre volonté de démocratiser la culture, de s’ouvrir à tous les publics et de proposer des spectacles des plus pointus aux plus accessibles », a expliqué la directrice du théâtre Karine Gunzburger. Les aides allouées par les collectivités et l’Etat sont ainsi pérennisées : « Le soutien financier est loin d’être marginal, rappelle Jean Dionis du Séjour, le conventionnement est un gage de qualité ». Mais est-il pour autant gage de réussite ? Le travail de fond lancé par Karine Gunzburger, arrivée en 2014, et son équipe, se voit conforter. « Il faudra lui laisser son indépendance », a prévenu Arnaud Littardi, le directeur de la DRAC, soulignant « le rôle de la structure en faveur du théâtre et de la voix, son la soutien à la création contemporaine et sa politique d’ouverture aux publics ». Autant de critères qui feront l’objet d’une évaluation en 2018. Car l’argent public, lui aussi rare, est soumis à une obligation de résultat : « C’est une confiance encadrée, il y a un cahier des charges avant et il y aura une évaluation après », liste la DRAC. Le défi étant dorénavant de « mettre le bon public en face du bon spectacle », résume Karine Gunzburger.

Villeneuve joue la carte du partenariat
A Villeneuve-sur-Lot, le directeur Bruno Rapin mise plutôt sur le réseau. Au sein de la bastide même tout d’abord, avec un la création de « VilleneuVoix » qui entérine officiellement la scène du centre culturel Raphaël-Leygues, comme une petite soeur de Georges-Leygues. Ainsi, les résidences s’y développent autour de la musique avec des artistes du cru, mais pas seulement. Depuis deux ans, un partenariat étroit avec Voix du sud à Astaffort permet d’amener à Villeneuve-sur-Lot des noms en pleine explosion de la chanson française comme Ours, Dorémus…
Sur le plan départemental, Georges-Leygues s’est également rapproché de « Bastid’Art » à Miramont-de-Guyenne pour, notamment, étoffer la programmation du festival « Aux arts citoyens ». Mais c’est désormais du côté de la grande région Aquitaine que lorgne le théâtre Georges-Leygues : « Pour nous, l’élargissement des frontières régionales est une chance » souligne Bruno Rapin. Des partenariats ponctuels ont commencé à se tisser avec Limoges, Royan, Rouillac ou La Rochelle : « Avec ces derniers, nous allons faire des échanges de résidence artistique dans le cadre de VilleneuVoix » souligne le directeur du théâtre. Mais son réseau ne s’arrête pas là : « Nous travaillons conjointement avec Périgueux, Arcachon, Gradignan, Bayonne ou encore Mont-de-Marsan pour élaborer notre programmation. Face au coût de plus en plus important des spectacles et aux budgets culturels qui, au mieux, ne bougent pas, on ne peut plus faire autrement si on souhaite attirer des têtes d’affiche dans nos murs ». La venue d’Hubert-Félix Thiéfaine au mois d’octobre à Georges-Leygues, plus petite salle de la tournée, en est un exemple : « Face au producteur, on arrive avec six dates sûres, dans un rayon de quelques centaines de kilomètres, et dans des conditions optimales… On peut alors plus facilement négocier le coût d’un spectacle ». Et ainsi proposer pas moins de 47 dates cette saison…

Gauvain Peleau-Barreyre et Annabel Perrin

Programmation // Les bons coups de la saison

Une saison théâtrale, aussi pointue soit-elle, ne peut se passer de têtes d’affiche. A Agen, on mise sur ses atouts conventionnés « théâtre et voix ». Côté scène, la programmatrice est allée chercher de l’inattendu (les effeuilleuses burlesques) ou du confirmé (les acteurs Michel Fau et Catherine Frot viendront en avril). Côté chant, c’est aussi du lourd (et du surprenant) avec l’inclassable chanteur Philippe Katerine (en partenariat avec le Florida) ou l’hypnotique et très rare Nosfell qui viendra faire résonner le festival printanier La Tête à l’envers.
Du côté de Villeneuve-sur-Lot et le théâtre Georges-Leygues, on ose des paris fous à côté des têtes d’affiche naturelles que sont Robert Charlebois, Vincent Delerm, Thiéfaine ou encore Marc Lavoine en comédien. Ainsi, « Bérénice suite et fin » propose d’entendre 4h30 d’alexandrins avec la représentation couplée de Bérénice de Racine et de «Tite et Bérénice » de Corneille le 12 novembre.
Mais le grand challenge de la saison est sans nul doute « Chute d’une nation » de Yann Rezeau, une pièce construite comme une mini-série télévisée, en quatre épisodes, sur le déroulement d’une campagne présidentielle, à l’image d’un « House of cards »… Une pièce qui dure neuf heures de temps, programmée le 29 janvier, et qui sera en plein dans l’actualité. Il fallait oser !   

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