Des mannequins vivants descendent dans les vitrines vides


Stéphanie Lacombe s’est fait connaître avec une série de photos immortalisant les Français à table. La jeune femme, originaire du Lot, photographe professionnelle, aime entrer dans l’intimité de ceux qu’elle photographie. Et quand la Ville lui a demandé un projet pour le Mai de la photo, elle se voyait déjà entrer dans les appartements du coeur de bastide pour immortaliser des instants de la vie quotidienne des Villeneuvois : « Mais je n’étais présente sur les lieux que trois semaines. Cela m’est vite apparue compliqué d’entrer chez les gens aussi rapidement.» Et c’est en se baladant dans les rues que l’idée lui saute aux yeux : « Toutes ces vitrines vides qui ne demandaient qu’à être habillées… J’ai alors commencé à demander aux gens de descendre de leur salon pour se rapproprier le centre-ville ». Une demande passée par le centre culturel qui fit de suite son effet : « J’ai même été surprise de l’engouement que mon projet a suscité dans la ville, même si au départ, le propos semblait pessimiste. Mais au final, le résultat, lui, est loin de l’être ». Mannequins vivants d’une séance et propriétaires des locaux commerciaux vides… Tous ont joué le jeu pour que Stéphanie Lacombe illustre à sa manière l’exode urbain des villes moyennes : « Les séances duraient en moyenne trente minutes. J’ai beaucoup travaillé sur les attitudes figées, notamment des mains, pour que les personnes photographiées aient vraiment l’air de mannequins. Je leur ai seulement demandé de venir avec ce qu’ils souhaitaient montrer d’eux mêmes, leur passion, leurs loisirs. Les contraintes les plus importantes ont été celles de la lumière qui venait frapper sur les vitres ». Randonneurs, danseuse de claquette, rugbymen ou encore policiers municipaux ont accepté d’être immortalisés dans l’oeil de Stéphanie : « Cela faisait longtemps que je n’avais pas eu un projet photographique aussi enthousiasmant ». La photographe ne compte pas stopper net son élan d’inspiration : « Il existe en France ce que l’on nomme la diagonale aride, un tracé de Strasbourg au sud de la France le long duquel les villes se désertifient. J’ai l’ambition de continuer mon travail le long de cette ligne, pour à terme, si cela est réalisable, avoir un projet éditorial ». Villeneuve-sur-Lot serait ainsi la première ville de France où Stéphanie Lacombe aura pris ses premiers mannequins vivants en vitrine.

Annabel Perrin

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