Et si la LGV ne satisfaisait personne ?


On l’avait laissée moribonde, enterrée façon première classe par les conclusions d’une enquête publique en avril dernier. Les experts diligentés par l’État jugeaient le projet peu écologique, au gain de temps discutable et surtout au financement incertain, sans que la rentabilité soit garantie. Et voilà comment un projet vieux de vingt ans tombait à l’eau.
Mais ça c’était avant. Car ô surprise, le 26 septembre le gouvernement donne son feu vert à la LGV Bordeaux-Toulouse et Bordeaux-Dax. Et c’est la sidération. Politiques et associations sont pris de court. Les premiers, réputés les plus chauds pour l’arrivée de la LGV, applaudissent timidement tandis que les seconds, majoritairement opposés au projet, explosent de colère.

Les anti-LGV ne décolèrent pas
« Déni de démocratie », « démocratie bafouée » : élus et associations n’avaient pas de mots assez durs pour fustiger la LGV. Ils tenaient hier, devant la gare d’Agen, une conférence publique. Une dizaine d’élus, dont le maire et conseiller départemental Raymond Girardi, des élus écologistes, renforcés par les collectifs citoyens, ont rappelé les avis négatifs des différents rapports parlementaires, de la cour des comptes ou de l’enquête publique : « Il y a eu 14 000 témoignages, 95% étaient négatifs. Le fossé se creuse entre l’exécutif et la population ». Hourras, applaudissements et même un « révolution » lâché par l’assistance ponctuent l’intervention. « La seule solution c’est d’aménager la ligne existante, a pointé Raymond Girardi, cela coûterait 2 milliards d’euros contre 10 milliards pour la nouvelle ligne (en fait le coût s’établirait à environ 8 milliards, NDLR) ». Le collectif citoyen ajoutant qu’il appellerait à voter aux Régionales pour les listes qui sont contre le projet.

Cadeau empoisonné ?
Qui reste-t-il pour se réjouir de ce projet ? Pas grand monde. Alain Rousset (PS), alors en campagne pour la Région, peut se présenter comme accélérateur d’aménagement. Son adversaire de droite, Viriginie Calmels (LR), relayée par sa tête de liste lot-et-garonnaise Marie Costes, compare la LGV à un « cadeau électoral » et se demande « qui va payer ? » Pas grand monde en Lot-et-Garonne. Pas même le Conseil départemental qui était pourtant au coeur des plans de financement Etat-Région-Département. Mais le président Camani a dit niet à toutes rallonges et renvoie le bébé à l’Europe. Son homologue à l’Agglo d’Agen, Jean Dionis, grand défenseur des projets structurants, reste sur la réserve. L’Agglo peut y apporter son écot, mais pas trop. Le technopole Agen-Garonne ponctionne déjà beaucoup et plus que le train, c’est le second échangeur autoroutier qui fait saliver.
Quant aux usagers… Eh bien, ils ont le temps de se rendre compte d’éventuels changements dans leur quotidien puisque la LGV ne pointera le bout de son nez qu’en 2024.

Gauvain Peleau-Barreyre

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