Eysses sort de l’oubli


Octobre 1943. Le gouvernement de Vichy intensifie sa lutte contre la Résistance. La prison d’Eysses dans le Lot-et-Garonne est désignée pour regrouper l’ensemble des résistants arrêtés et condamnés par des tribunaux d’exception. En quelques jours, 1 200 prisonniers arrivent dans la centrale. Une structure clandestine est alors créée afin d’organiser l’une des plus spectaculaires opérations de résistance de l’occupation : l’évasion des 1 200 prisonniers pour rejoindre le maquis. Cette tentative d’évasion échoue et se solde par l’exécution de 12 résistants. Quelques semaines plus tard, les hommes d’Eysses sont déportés à Dachau. Voici les faits historiques qui ont amené Stéphane Bihan à réaliser un documentaire sur le sujet quelque 70 ans plus tard. Ce dernier raconte ce qui fut pour lui une aventure de deux ans au coeur d’une histoire peu ordinaire.

L’Hebdo : Vous avez découvert ce fait historique en tombant sur un livre. Qu’est ce qui vous a décidé de le  porter à l’écran ?
Stéphane Bihan : C’est une histoire peu ordinaire. Je crois que c’est la tentative d’évasion la plus importante en France sous l’occupation. 1 200 personnes étaient alors emprisonnées à Eysses. Il n’y a qu’en Hongrie, à ma connaissance, qu’on a relevé une telle entreprise. On connaît bien les tentatives d’évasion d’Allemagne par les Anglais. Mais celle d’Eysses n’avait jamais été jusqu’ici mise en images. Et au-delà du nombre, Eysses c’est aussi l’histoire d’une prison pas ordinaire où les résistants emprisonnés ne se sont pas laissés écraser par les murs, l’enfermement et le régime de Vichy. Ils ont continué à résister à leur manière en créant un collectif où gaullistes et communistes partageaient les prises de décisions, où étaient organisés des séances de gym, des cours de théâtre… tout un tas d’activités qui avaient pour objectif d’organiser cette évasion à grande échelle.

L’Hebdo : Vous avez donc été surpris que cette histoire n’ait jamais été exploitée avant vous ?
S. B. : Oui et agréablement. J’ai pu ainsi en faire un film. Et surtout porter à la connaissance de tous cet épisode injustement ignoré dans les livres d’histoire et même par les Lot-et-Garonnais eux-mêmes.

L’Hebdo : Cela a t-il été compliqué de recueillir les témoignages des résistants survivants ?
S. B. : Pas du tout. Bien au contraire. Ils étaient heureux de pouvoir enfin raconter leur histoire et que le pays en prenne connaissance. J’ai été reçu avec beaucoup de chaleur par ces hommes. Le projet a duré deux ans. J’ai commencé par les rencontrer un à un avant de venir poser les caméras et tourner avec mes équipes. J’ai passé du temps avec chacun d’eux. Je voulais qu’ils me parlent aussi de leur trajectoire personnelle, connaître ce qui les avait amenés à la résistance jusqu’à leur arrivée à Eysses. Malheureusement, c’est une matière que je n’ai pas exploitée au montage final. Le documentaire ne devait pas dépasser les 52 minutes.

L’Hebdo : Quels ont été les moments les plus émouvants pour vous ?
S. B. : Certainement, et sans étonnement, le moment où on les a tous fait revenir à l’intérieur d’Eysses et devant le mur des douze fusillés. Mais il y a également eu cet instant hors caméras où pour la première fois depuis 50 ans, certains se sont retrouvés.

L’Hebdo : Et le plus difficile dans la création de ce documentaire ?
S. B. : Je dirais les choix que j’ai dû faire dans le montage, et dans les rushes de cette histoire très riche. J’ai eu accès à énormément d’archives également et j’ai failli être submergé.

L’Hebdo : Justement, face à ces choix que vous avez dû faire, vous n’avez pas envie de refaire un nouveau documentaire, ou une série d’épisodes ?
S. B. : Non pour moi au final, et c’est assez contradictoire ce que je vais vous dire, 52 minutes sont le format idéal pour intéresser le grand public à cette histoire. Par contre, je compte bien ajouter des bonus dans le futur DVD.

Annabel Perrin

Diffusion sur France 3 Aquitaine le samedi 14 novembre à 15h30 et sur France 3 national le lundi 16 novembre à 23h30 

Tweet about this on TwitterShare on Facebook0

Tags:

Laisser un commentaire

Pas de Commentaires

Les commentaires sont fermés