Grand Frais à Bias, un dossier… chaud


Sur l’avenue de Bordeaux, à Bias, la bâtisse de feu-Moto Kart 47 demeure inerte depuis quelques années. Un calme apparent. Car dans les coulisses de l’administration, son devenir suscite de farouches dissensions. L’affaire est même passée en justice. Au centre du débat : le projet de création d’un magasin Grand Frais. Si le maire, Michel Mingo, y est favorable, la Communauté d’agglomération du Grand Villeneuvois est contre. Au nom de l’OAP* commerce qui vise à protéger le commerce de centre-ville, la CAGV s’oppose à toute nouvelle implantation en périphérie relevant de « l’alimentaire ou l’équipement de la personne ». « On m’a demandé de mettre un sursis à statuer sur le permis de construire demandé par Grand Frais, indique Michel Mingo. Je m’y suis refusé, ce qui a rendu le permis tacite. Ça s’est joué au tribunal et j’ai été condamné fin septembre à retirer ce permis. J’ai fait appel et j’attends le verdict définitif le 8 novembre. »  Les cadres de l’entreprise surveillent eux aussi l’évolution de la situation, un peu décontenancés. « On attend de savoir de quel côté va tomber la pièce. Pour nous, c’est un cas très particulier. L’Agglo était au départ d’accord pour que l’on s’implante avant de retourner sa veste… Ce n’est pas très correct. Si les choses avaient été claires dès le départ, on n’aurait peut-être pas engagé autant de démarches, de temps et d’argent », confie Laurent Albinet, chargé d’expansion pour le groupe Grand Frais. En effet, l’arrivée de l’enseigne sur Bias ne semblait pas si problématique il y a un an encore. Celle-ci avait par exemple signé un protocole d’accord avec la Fédération des commerçants du Grand Villeneuvois, présidée alors par Andrée Akrich, prévoyant certaines modalités. « C’est selon moi le signe que Grand Frais avait été accepté, glisse Michel Mingo. Mais si on commence à faire fi de ce qui a été signé… » Toutefois l’élu biassais et Laurent Albinet ne désespèrent pas de voir un jour prochain le magasin de 950 m2 sortir de terre, avec les 40 emplois promis.

Jurisprudence

Pour Michel Mingo, ce dossier est essentiel « car il sera difficile de revenir en arrière une fois les décisions entérinées ». Le cas Grand Frais peut faire jurisprudence. « Cette OAP est trop restrictive et nous mènera dans le mur », affirme-t-il, pointant du doigt plusieurs facteurs. En premier lieu, une forme de discrimination territoriale. « D’un côté on laisse se construire un Super U en bas de Pujols et agrandir l’Intermarché au Radail, mais à un kilomètre à peine à vol d’oiseau, on ne peut pas monter un Grand Frais, ni agrandir le magasin Biocoop. Tout ça parce que les zones n’ont pas la même classification. Je n’ai pas envie qu’il y ait deux poids deux mesures », insiste Michel Mingo. D’autre part, l’attractivité. « Si on n’accueille plus ceux qui souhaitent s’installer, c’est tout notre commerce qui va en pâtir. On a besoin de concurrence. Sinon les Villeneuvois s’en vont vers Agen ou Bergerac où ils trouvent un meilleur échantillonnage », ajoute le maire de Bias. Enfin, l’occupation des bâtiments. « L’OAP telle qu’elle est formulée ne permet pas de remplacer un commerce d’habillement existant par un autre en cas de départ. On va rajouter des friches aux friches », martèle-t-il. La situation du commerce en périphérie villeneuvoise n’a pas fini de faire couler de l’encre.

 

La réponse de la CAGV

Accusée par la direction de Grand Frais d’avoir « retourné sa veste »     et par le maire de Bias d’avoir « fait fi de ce qui a été signé », la Communauté d’agglomération du Grand Villeneuvois répond par la voie de son président, Patrick Cassany : « C’est vrai, sauf qu’entre temps, il y a eu la mise en oeuvre du PLUi et des orientations de l’OAP commerce, ce qui a donné lieu à une réunion du bureau communautaire. Après quarante ans de laisser-faire en matière d’aménagement commercial, il faut fixer les règles avec une politique qui veille à respecter les équilibres. Le centre-ville de Villeneuve est avant tout celui de toute l’agglomération. Et s’il périclite, il y aura des retombées négatives sur toutes les communes voisines. Il ne s’agit pas de tout refuser. D’ailleurs, on ne délivre pour l’instant que des sursis à statuer en attendant les règles fixées dans le PLUi. Dans le cas de Grand Frais, comme dans d’autres, on brandit l’argument massue de la création d’emplois. Mais on commence à avoir du recul. Au niveau national, un emploi créé en périphérie en détruit deux en centre-ville. Grand Frais contribuera forcément à déstabiliser la halle d’Eysses, les marchés de primeurs… Le marché n’est pas extensible. Et contrairement à Eysses et le bas de Pujols où il y a un bassin de population important, sur la D911, on cherche uniquement à capter un flux de circulation, d’où une classification différente. »

Dimitri Laleuf

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