« En Guerre », un succès du Lot-et-Garonne à la Croisette


Après Le Vieux Fusil de Robert Enrico (récompensé de trois César en 1976 dont celui du meilleur film) et Les Roseaux sauvages d’André Téchiné (quatre César en 1995 dont celui du meilleur film et du meilleur réalisateur), En Guerre était le troisième film à représenter le Lot-et-Garonne sur la Croisette. Malheureusement, le long-métrage réalisé par Stéphane Brizé n’a pas rencontré autant de succès que ses glorieux aînés auprès du jury du 71e Festival de Cannes et n’a été auréolé d’aucun prix. Qu’importe puisque En Guerre a remporté la victoire du cœur en explosant littéralement l’applaudimètre avec une émouvante standing-ovation de 18 minutes lors de sa présentation officielle. « Aller à Cannes avec un projet et un sujet comme ceux-là, c’est déjà un succès, expliquait le réalisateur. De monter les mythiques marches et de vivre le Festival aux côtés des principaux acteurs amateurs du film et des personnes de la Région étaient des moments rares et extraordinaires. » La grande particularité du film réside dans le fait que la totalité des comédiens étaient des débutants recrutés sur place. Hormis le charismatique acteur principal Vincent Lindon, aucun autre participant n’avait déjà joué devant la caméra. Et force est de constater qu’entre le vétéran des plateaux et les néophytes, il n’y a pas d’autre différence que celle qu’introduit le scénario. Le travail de ces acteurs d’un jour dans des rôles – que ce soit du côté des ouvriers ou des patrons – fait écho à leur vie et leur jeu est stupéfiant de naturel, de justesse et de puissance.

Le rôle primordial du Bat 47

A l’affiche partout en France, En Guerre trace désormais sa route. Plébiscité par la critique, ce film social résonne parfaitement avec l’actualité nationale. A travers la fermeture totale de l’usine Perrin Industrie et des salariés victimes de la mondialisation, le réalisateur n’a pas hésité à taper fort là ou ça fait mal. Actionnaires cyniques, patrons hypocrites, DRH complices mais aussi salariés opportunistes et incapables de rester unis lorsque la pression se fait maximale, cette œuvre audacieuse et juste ne laisse pas indemne. Notamment la dernière scène qui fait beaucoup parler d’elle… Une telle réalisation a pu voir le jour grâce au travail acharné du Bureau d’accueil et de tournage 47 dirigé par Hervé Bonnet. Aux côtés de son équipe, ce passionné dévoué a tout mis en œuvre pour que l’équipe de tournage du film soit accueillie dans les meilleures conditions sur notre territoire entre le 18 octobre et le 16 novembre 2017. « Quand nous sommes arrivés il m’a dit : Le Lot-et-Garonne c’est le Pas-de-Calais du Sud-Ouest. Je ne connaissais pas l’histoire d’industrialisation et de désindustrialisation de ce département. C’est lui qui nous a mis en lien avec l’usine Métal Aquitaine de Fumel alors que nous cherchions spontanément des manufactures dans l’est et le nord de la France, des régions que l’on sait ultra-industrielles, se souvient Stéphane Brizé. Au même titre que d’autres territoires comme la Normandie et la Nouvelle-Aquitaine, le Lot-et-Garonne s’est donné les moyens, depuis pas mal d’années, d’accueillir des projets cinématographiques intéressants avec des commissions composées de producteurs, de réalisateurs et de scénaristes. En faisant parfaitement leur travail, c’est l’argent du contribuable qui est bien utilisé. » 

Simon Galinier

Vincent Lindon : « Le Lot-et-Garonne, un formidable écrin pour tourner un film »

L’Hebdo : Éprouvez-vous de la déception de ne pas avoir obtenu de prix lors du Festival de Cannes ou est-ce que le simple fait d’avoir pu présenter un tel film sur la Croisette, prédomine ?

Vincent Lindon : On nous aurait dit, lors du premier jour de tournage dans l’usine Métal Aqutaine de Fumel, que la presse serait dithyrambique à l’égard de notre film, que celui-ci serait sélectionné à Cannes et que l’on aurait droit à vingt minutes de standing-ovation lors de sa présentation officielle, on aurait tout de suite signé avec les deux mains.

L’Hebdo : Vous êtes vous nourris des témoignages de syndicalistes aux côtés desquels vous tourniez pour incarner votre personnage de porte-parole des salariés ?

Vincent Lindon : Non pas tellement car je suis quelqu’un d’assez furieux et en colère par nature. J’aime fédérer, rassembler, convaincre et me mêler parfois de ce qui me regarde mais aussi de ce qui ne me regarde pas. Si ma vie était à refaire, j’aurais eu une carrière politique formidablement bien dessinée. J’aime être un leader dans la vie. Je me bats tout le temps, pour tout. C’est un peu manichéen car je ne connais personne dans la rue qui apprécie les licenciements économiques dans les usines. Je n’ai pas le monopole de l’humanité, ni de la générosité mais je ne peux pas supporter que l’on me mente ou que l’on ne tienne pas sa parole. L’aide n’a pas d’odeur. Il faudrait que toute la planète se mêle des gens qui souffrent. C’est tout cela que j’ai mis dans ce rôle et ce n’était pas très compliqué d’endosser un tel costume. Tout le monde serait rentré dans la peau de Laurent Amédéo car c’est un rêve pour tout comédien de pouvoir crier son indignation et son injustice.

L’Hebdo : Êtes-vous convaincu par le département et la région pour tourner un film ?

Vincent Lindon : La Nouvelle-Aquitaine est la 2ème région la plus accueillante après l’Ile-de-France. En tant que vacancier, je n’ai rien vu de plus beau que là-bas. Je ne veux pas savoir si c’est le Lot-et-Garonne, le Lot tout court, le Gers ou l’Aquitaine, mais tout cela est vraiment un formidable écrin, à la fois pour travailler et tourner un film, mais aussi pour se ressourcer et passer du bon temps. A dix ou douze kilomètres d’ici (ndlr : Agen), j’ai l’impression de rouler dans un tableau de Van Gogh, c’est juste sublime donc profitez de votre belle région !

 

Des anonymes sous les feux des projecteurs

Parmi les nombreux acteurs amateurs ayant participé au film, Michel Freyne, usineur depuis 35 ans chez Métal Aquitaine, en faisait partie. Celui-ci avait le rôle d’un syndicaliste FO et se souvient de la première prise de contact avec l’équipe de tournage. « Stéphane Brizé était venu faire du repérage sur notre site et avait demander à notre direction que tout le personnel passe le casting. Au final j’ai été sélectionné et j’ai fais 20 jours de tournage sur les 23 au total. » Pour sa première expérience sur le grand écran, il avoue avoir été quelque peu troublé par le charisme et la prestance de Vincent Lindon au début du tournage. « C’était très impressionnant de se retrouver face à lui, se souvient-il. Lors de la première scène, on a tous été spectateurs et non acteurs tellement nous étions intimidés.  Finalement, on a vite oublié la présence de la caméra et celle de Vincent Lindon car ce sujet était vraiment évocateur pour nous. Notre usine est passée de 4000 salariés dans les années 70 à 38 employés aujourd’hui et nous connaissons bien tous ces conflits avec les patrons, ces rapports de force avec les CRS et ces tractations avec les pouvoir publics. » Michel, qui a déjà vu le film à deux reprises en famille, estime que la grande force de l’oeuvre a été la pertinence du casting. « Le réalisateur a su choisir les personnes qu’il fallait au niveau local, que ce soit pour les politiques, les dirigeants de l’usine ou les syndicalistes ». 

« Une magnifique aventure »

Une formidable expérience devant la caméra et un souvenir impérissable pour Michel Freyne. « C’était vraiment une magnifique aventure car j’ai rencontré des personnes de tous horizons, des avocats, des hommes d’affaires, des syndicalistes et bien sûr Vincent Lindon. C’est quelqu’un de très sociable et abordable. Il prenait le temps de parler un peu avec tout le monde pour s’imprégner au mieux de son personnage. » L’employé de MétalAquitaine a également eu la chance de faire partie des acteurs amateurs qui ont pu fouler le tapis rouge de Cannes le 15 mai dernier aux côtés de l’équipe de production. Avec Jacques Borderie, élu livradais et conseiller départemental, qui joue le directeur de l’usine, Bruno Bourthol, syndicaliste agenais chez UPSA, ou encore ses collègues Jean Boronat, Frédéric Lacomare, Teddy Perrot et Letizia Storti, il a assisté à la fabuleuse standing-ovation offerte par le public, après la présentation officielle du film. « C’était vraiment un moment très émouvant qui n’arrivera qu’une seule fois dans ma vie et que je ne suis pas près d’oublier » conclut-il avec des étoiles encore plein la tête. 

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