Halloween // Quand les morts parlent aux vivants


«Tout est intéressant en archéologie » s’exclame Brice Ephrem, chercheur à Bordeaux III, et l’un des archéologues responsables du site d’Eysses.
Et si le commun des mortels pense d’emblée tombeaux et ossements lorsqu’on lui parle d’archéologie, la réalité du terrain est tout autre. A Eysses, les premiers chantiers ont mis au jour la configuration du lieu déterminé par les empreintes des colonnes ou des murs inscrits dans le sol : « C’est une sorte de négatif des anciens bâtiments. Il nous renseigne à la fois sur l’architecture du site, mais également son évolution au fil des siècles. C’est particulièrement vrai sur Eysses où il restait très peu de vestiges debout. Les édifices ont été pillés au Moyen Âge pour construire l’ancienne abbaye ou même des habitations. Les pierres étaient à disposition et gratuites.  Aucune raison de ne pas se servir… »
Cependant, les chercheurs puisent également une foule d’informations dans les vestiges laissés par la vie quotidienne et notamment grâce aux céramiques  : « C’était leurs ustensiles de vaisselle. En fonction des formes et des matériaux utilisés dans les objets que nous trouvons, nous pouvons dater à 20 ou 50 ans près son utilisation » explique Brice Ephrem. « A Eysses, nous avons découvert un four à potiers et autour beaucoup de fragments, certainement des ratés que le potier jetait autour de son atelier ». Un four à pain a été également mis au jour récemment. Une mine d’informations pour les archéologues… Grâce au charbon de bois, ils sont capables de dater sa dernière utilisation : « Au carbone 14 ou, pour plus de précision, grâce à l’archéomagnétisme » ajoute Brice Ephrem. « Un procédé qui utilise le champ magnétique émis par notre environnement à une époque donnée. La pierre est cuite à un degré qui enregistre ce champ magnétique. Mais l’archéomagnétisme ou le carbone 14 sont des procédés qui coûtent cher. Nous n’y avons donc recours que très rarement, lorsque nous avons utilisé toutes les autres techniques archéologiques ».

Vive les poubelles

Car le plus gros du travail d’un archéologue se révèle être de fouiller les déchets éparpillés par nos ancêtres : « Lorsque nous trouvons un site qui a été habité, nous utilisons le procédé du tamis, un travail de fourmi ». Centimètre après centimètre, la terre est alors tamisée très finement pour retrouver des petits ossements émanant de mammifères ou de poissons, qui renseignent sur les habitudes alimentaires des siècles passés : « Nous récupérons également des graines ou des pollens ».
Des fosses ont ainsi été retrouvées à Eysses, remplies de déchets : « Certainement les restes des repas des ouvriers qui agrandissaient au fil des années le sanctuaire ».
Ainsi, les archéologues seraient-ils au final des explorateurs de poubelles ? : « On peut effectivement l’énoncer de cette manière. Pour nous, toute matière est bonne pour comprendre, interpréter et ainsi valoriser un site historique » conclue  Brice Ephrem.

Annabel Perrin

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