Haute distinction pour Nanou la résistante


Il aura mis 70 ans à les retrouver. Jacques Bachmann n’a jamais oublié, depuis l’âge de ses dix ans, la famille villeneuvoise qui lui a sauvé la vie, ainsi qu’à ses parents, lorsque durant la guerre de 39-45 il était venu se réfugier dans la Bastide pour fuir le régime nazi. Jacques Bachmann, après avoir écrit un livre sur son histoire douloureuse, s’est mis en quête de la famille Fabre. En 2012, seule la fille de Bertrand et Marie est encore en vie… Il s’agit de Jeanne, surnommée Nanou, et dont les grands frères de Jacques étaient secrètement amoureux. Jacques a alors entamé les démarches pour honorer la famille villeneuvoise qui n’avait pas hésité à les cacher de la Gestapo, au péril de leur vie. Il dépose un dossier pour qu’ils soient reconnus « Justes parmi les Nations », la plus haute distinction que l’état d’Israël décerne à des civils. La demande aboutit en août 2013.

Emotion et larmes
Ce lundi 26 mai signait donc la remise officielle de la médaille des Justes à la famille Fabre, en présence de Arnéa Hassid, Consul général d’Israël à Marseille et de Michel Alitenssi, délégué du Comité français pour Yad Vashem, seul organisme habilité à décerner ce titre, ainsi que du maire de la ville, Patrick Cassany et du préfet Denis Conus. Mais au milieu des officiels, on remarquait une dame âgée, émue aux larmes… Nanou était là pour recevoir des mains de l’enfant sauvé, les honneurs rendus à sa famille. Ce dernier a ainsi rappelé le courage de ces Villeneuvois. Le père, réparateur d’automobiles et de machines à coudre, était entré en résistance en cachant dans sa maison les familles juives réfugiées dans le Villeneuvois lorsque la Gestapo menaçait de les débusquer : « Je me souviens de mon arrivée à Villeneuve, après avoir fui Châlons-sur-Marne, puis Paris pour passer en zone libre, de manière clandestine. Je me souviens d’avoir vu la boutique de mon père pillée… Lorsque nous nous sommes installés ici en 1942, nous avons ressenti du soulagement, c’était un havre de paix. Jusqu’à ce que la milice s’installe en face de notre appartement. A chaque arrestation imminente, nous nous réfugiions chez les Fabre au deuxième étage de la maison ». Car à partir de 1943, plusieurs rafles successives vont avoir lieu dans le département : « Bertrand et Marie Fabre ont dit non à la barbarie » soulignait Patrick Cassany. « C’est grâce à leur courage que les générations futures ont pu relever la tête et que ce pays a retrouvé sa dignité ». La cérémonie, empreinte d’émotion, résonnait d’autant plus comme un symbole, 48 heures après l’attentat contre le musée juif de Bruxelles…

Annabel Perrin

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