Interview // « Le Pruneau Show n’est plus un événement culturel »


Il ne sait pas encore s’il ira voir les concerts ou les animations. D’ailleurs, il ne sait plus vraiment à quand remonte la dernière fois qu’il a foulé les dalles du boulevard du Pruneau… Et pourtant, Alain Veyret aurait toutes les raisons de veiller sur le Pruneau Show comme il veille sur ses patients dans son bloc opératoire. Maire de la ville d’Agen entre 2001 et 2008, cet ancien du PS a initié et monté de toutes pièces le Grand Pruneau Show en 2005. Il a connu trois éditions en tant que premier magistrat avant que les échéances électorales ne confient la garde de son bébé au camp d’en face. En retrait de la vie publique, il a accepté de sortir de son silence pour se souvenir des premières années et livrer son sentiment sur l’évolution du Pruneau Show.

L’Hebdo : En 2005, la première édition du Grand Pruneau Show avait lieu. Quels souvenirs gardez-vous de cette soirée ?
Alain Veyret : Il n’y avait qu’un seul concert, avec Kassav, et nous étions dans l’incertitude, on ne savait pas si le public allait répondre présent… Mais je crois nous avions réuni 30 000 personnes ! Il faut dire que nous avions bénéficié de la télé car Agen et Mont-de-Marsan s’affrontaient à Intervilles (le jeu télé remonte en fait à 2006 et non 2005, NDLR) où nous avions fait un maximum de pub !

« Intervilles nous a aidés »

L’Hebdo : Pourquoi avoir créé un événement comme celui-ci à Agen ?
A. V. : L’un des impératifs était la gratuité. Je souhaitais offrir à une partie de la population, qui ne peut pas acheter un ticket de concert, la possibilité de voir un artiste de renom sur scène.

L’Hebdo : Y a-t-il eu une unanimité au sein des élus, de votre majorité ou de votre opposition ?
A. V. : Bien sûr que non ! Si mes adjoints étaient motivés, l’opposition était dubitative. Après quand j’ai lancé les consultations, j’entendais toujours les conneries habituelles comme « ça ne marchera jamais »… Heureusement le Bureau interprofessionnel du pruneau (BIP), le Conseil régional, le Comité du tourisme et dans une moindre mesure le Conseil général ont accepté de participer. Il a fallu ensuite démarcher les commerçants et les associations de la ville…

L’Hebdo : Quels sont vos meilleurs souvenirs du Pruneau Show ?
A. V. : Le concert de Noah, avec 80 000 personnes. On avait dû fermer la place de la mairie devant l’affluence… Le concert a duré jusqu’à trois heures du matin. Il y avait aussi le boeuf improvisé avec Yuri Buenaventura dans l’ancien magasin de musique de Pierre Ravailler où j’ai pris la guitare. Je me rappelle que les gens s’arrêtaient devant le magasin pour écouter.

« Adamo ? C’est gentil oui… »

L’Hebdo : Quel regard portez-vous sur l’évolution de la manifestation ?
A. V. : Le Pruneau Show n’est plus un événement culturel ! On faisait découvrir aux gens de vrais artistes comme Yuri Buenaventura ou Touré Kunda qui ne sont pas des superstars mais des maîtres dans leur style. Sérieusement, Adamo, Guichard… C’est gentil oui mais ce n’est pas l’esprit du départ.

L’Hebdo : Quelle était l’ambition alors ?
A. V. : Le budget de la manifestation devait augmenter en même temps que sa notoriété. Au départ le budget était de 300 000 euros environ, ça n’a pas bougé en dix ans (380 000 euros en 2014, NDLR). Nous sommes très loin des ambitions que j’avais pour le Pruneau Show… L’idée était de faire rayonner Agen au-delà des frontières du département. Il fallait que les non-Agenais s’y mêlent et se mélangent avec les locaux. Quand on a fait venir Yannick Noah, il y avait des gens de toute la France ! Si le Pruneau Show devient une fête votive destinée aux seuls Agenais, il mourra.

L’Hebdo : Faire venir des têtes d’affiche coûte cher, et les temps sont plus à l’économie qu’à la dépense…
A. V. : Oui un Yannick Noah ça coûte 120 000 euros, ceux que je voulais faire venir aussi comme Manu Chao à 80 000 euros ou Ben Harper à 150 000… Mais il y a des solutions pour trouver d’autres sources de financement comme le partenariat avec une radio nationale ou même créer un pass à un prix symbolique…

« Une erreur de le supprimer »

L’Hebdo : Justement, lors des Assises de la culture lancées par la mairie en début d’année, il a été question du Pruneau Show et de son évolution vers une formule payante ou même sa disparition… Qu’en avez-vous pensé ?
A. V. : Le maire a eu raison de le mettre en débat. Rien n’est une institution… surtout quand on ne l’a pas créé. Mais ce serait une erreur de le supprimer. Les gens y sont attachés. Il y a un côté patrimoine, avec le pruneau et les fours qui font aussi la réputation de la manifestation.

L’Hebdo : Alors il y a une différence entre une politique culturelle de droite ou de gauche ?
A. V. : Oui et elle est nette ! Marie-Thérèse François-Poncet était ouverte et elle a créé le Florida. Aujourd’hui avec Dionis… Sa politique culturelle je ne la vois pas. Il n’en a rien à faire de la culture et ça se ressent dans la programmation, même si ce n’est pas lui qui s’en occupe. La culture à Agen est devenue élitiste.

Propos recueillis par Gauvain Peleau-Barreyre

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