« Jérôme Cahuzac a été son propre bourreau »


Après Dominique Strauss-Kahn, c’est une autre figure déchue du parti socialiste qui a été auscultée par la caméra de Gérard Miller. Le psychanaliste s’est rendu sur les terres villeneuvoises en novembre dernier pour tourner un documentaire sur Jérôme Cahuzac et l’ « affaire » qui a conduit l’ancien ministre du Budget à démissionner de ses responsabilités nationales et locales. Le chantre de la lutte contre les fraudeurs s’est fait prendre la main dans le sac et a avoué avoir menti sur son compte helvétique. C’est à ce moment que Gérard Miller a eu l’idée de s’attaquer aux mystères qui entourent encore le Villeneuvois, devenu une des figures du PS avant de remplir les pages des faits divers. Le réalisateur s’est lancé dans une quête qui lui a réservé de nombreuses surprises… et dont le résultat est diffusé ce soir, sur France 3. Entretien.

L’Hebdo : Qu’est-ce qui vous a poussé à vous intéresser à l’affaire Jérôme Cahuzac ?
Gérard Miller : C’est un sujet casse-cou et c’est ce qui m’a plu. Dès les premiers jours j’ai constaté qu’un grand nombre de ceux qui l’ont côtoyé étaient réticents à intervenir. Mais j’aime les challenges !

L’Hebdo : Faudra-t-il s’attendre à un portrait psychologique de l’homme ?
G. M. : Je veux poser le même regard freudien que j’ai eu avec mon documentaire sur Dominique Strauss-Kahn. Il faut surtout dépasser la sidération que tout le monde a ressenti au moment de la révélation du mensonge. Je me suis de suite dit qu’il y avait une logique derrière cette histoire. J’ai donc remonté le fil des années, qu’est-ce qu’on trouve en 40 avant J. C. ? (Jérôme Cahuzac, NDLR).

L’Hebdo : Vous n’allez donc pas parler de l’affaire ?
G. M. : Si, il faudra bien évoquer le mensonge, parler du contexte…
L’Hebdo : Et avez-vous pu facilement trouver des témoins ?
G.M : Non, les gens préfèrent parler en off. Je voulais interviewer les gens qui l’ont connu du temps du cabinet Evin, du gouvernement Rocard, mais ils ne voulaient pas parler sauf le député PS, Dominique Lefèbvre.

L’Hebdo : Vous êtes venu tourner à Villeneuve-sur-Lot, qu’avez- vous constaté dans l’ancien fief de Jérôme Cahuzac ?
G. M. : J’étais moi-même très étonné de ne pas avoir entendu parle, avant qu’il ne soit ministre, de cet homme que l’on décrit comme flamboyant, talentueux… En plus, il garde une aura immense auprès de la population. Personne ne critique sa gestion, tout le monde loue son talent de maire…

L’Hebdo : Les racines du mal ne sont donc pas villeneuvoises ?
G. M. : Au contraire, je pense que son rapport malsain avec l’argent trouve son origine ici. A Villeneuve, Jérôme Cahuzac vivait comme un notable, mais il habitait une maison relativement modeste. Sa duplicité, sa contradiction dans sa façon d’être se retrouvent ici.

L’Hebdo : Avez-vous pu le rencontrer ?
G. M. : Je lui ai fait savoir le jour même où je signais le contrat pour le documentaire. Mais il m’a répondu au travers de ses avocats qu’il ne souhaitait pas parler tant que la procédure judiciaire est en cours.

L’Hebdo : Alors quel est le verdict docteur, Jérôme Cahuzac est-il atteint de mythomanie ?
G. M. : Non il faut arrêter de trouver des pathologies pour tout… C’est peut-être rassurant de se dire qu’il est fou, on pense que le menteur est un fourbe qui détient une vérité et qui la dissimule, mais c’est plus complexe que cela. Le menteur se ment d’abord à lui- même.

L’Hebdo : C’est donc aussi une victime ?
G.M. : Son coup de fil à Michel Gonelle (ancien rival politique et détenteur de l’enregistrement de Jérôme Cahuzac évoquant son compte en Suisse, NDLR) est typiquement ce que l’on peut appeler un acte manqué. Son inconscient lui a joué un sacré tour. Le seul qui pouvait faire tomber Cahuzac, c’est Cahuzac. Il a été son propre bourreau.

L’Hebdo : Une réhabilitation est- elle possible ?
G. M. : Si on parle de réhabilitation politique, c’est peut-être un peu tard pour un homme de 60 ans (61 ans, NDLR). J’ai eu aussi de nombreux témoignages de proches qui m’ont raconté comment ils l’avaient dissuadé de mettre fin à ses jours. Mais l’homme a du ressort, il rebondira.

Gauvain Peleau-Barreyre 

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