La jeune chercheuse Lucie Jarrige récompensée pour ses travaux


Certains parcours forcent le respect. C’est le cas pour Lucie Jarrige. A 26 ans seulement, la jeune femme originaire de Monflanquin vient d’être récompensée par une bourse « Pour les femmes et la science » d’un montant de 15 000 euros remise par L’Oréal et l’Unesco. Elle fait partie des 30 dossiers à avoir été primés parmi plus d’un millier de candidatures grâce à ses travaux sur la « chimie verte ». Chapeau bas. Ce moment est le premier aboutissement d’un destin hors du commun.

Un fléau nommé cancer

Après avoir fait son collège au sein de sa bastide natale, Lucie a poursuivi sa scolarité au lycée Palissy à Agen. C’est là que le sort s’abat sur elle. On lui diagnostique, à 15 ans tout juste, un cancer des os dans le fémur gauche. « A ce moment-là, la vie s’arrête. C’est un gros coup, pour moi bien sûr, mais aussi pour tous ceux qui m’entourent. On apprend à vivre au jour le jour. On n’a pas d’autre choix que de se lancer dans ce combat », raconte-t-elle. La chimiothérapie n’est malheureusement pas suffisante… L’amputation est la seule solution pour Lucie, qui marche aujourd’hui grâce à une prothèse. « Quand on revient au lycée après ça, on se rend compte qu’on a grandi un peu trop vite. J’ai appris à relativiser certaines choses, à profiter de la vie à chaque instant. Et si j’avais déjà une certaine force de caractère, cela n’a fait que renforcer ma détermination », précise Lucie. Avant son cancer, elle voulait être pharmacienne. Les nombreux soins qui lui ont été prodigués par la suite lui ont fait rencontrer beaucoup d’intervenants médicaux. Son envie de se lancer dans la recherche pour « soigner les gens » est née à ce moment.

Protection de l’environnement

Après sa licence en chimie à Bordeaux, elle rejoint la capitale et l’université Paris-Saclay. Elle est actuellement en dernière année de doctorat à l’Institut de chimie des substances naturelles (ICSN), rattaché au prestigieux CNRS. « Je travaille sur le développement de nouvelles méthodes de synthèse plus respectueuses de l’environnement. Si on prend l’exemple du Tamiflu pour le traitement de la grippe, pour un 1 kilo de médicament produit, il n’y a pas moins de 230 kilos de déchets… Il est urgent de se préoccuper de la protection de la planète. Et ça passe aussi par l’industrie pharmaceutique », explique-t-elle. La jeune chercheuse a réussi à mettre au point deux réactions chimiques très prometteuses. L’une permet d’obtenir des molécules complexes à partir de composés très simples, l’autre intègre l’ensemble des réactifs de départ dans le produit final en une seule étape, ne générant ainsi aucun déchet. « La deuxième facette de mes travaux consiste à créer de nouvelles molécules. J’en ai élaboré une cinquantaine pendant ma thèse. Elle sont à l’étude à l’Institut Curie. Si certaines d’entre elles sont biologiquement actives, elles peuvent aboutir sur de nouveaux traitements, des antibiotiques », ajoute Lucie. Peut-être donnera-t-elle son nom à certaines médicaments du futur. Mais le chemin est encore long : « Je vais d’abord achever ma thèse en 2018 puis partir à l’étranger, en Europe ou aux Etats-Unis pour une mission post-doctorat », détaille celle qui vise à devenir un jour directrice de recherche.

Championne du monde

Lucie espère que sa formidable réussite pourra en inspirer d’autres : « Seulement 28% des chercheurs dans le monde sont des femmes (ndlr, et seulement 3% des Prix Nobel scientifiques leur ont été attribués). Il faut se battre pour un peu plus de parité. Si mon exemple peut générer des vocations chez les jeunes filles, tant mieux. C’est aussi un moyen de mettre en lumière la science en général qui est à mes yeux sous-médiatisée. Certains voient ça comme quelque chose de rébarbatif mais c’est avant tout une passion. Être une scientifique, ce n’est pas forcément avoir une blouse et les cheveux gras. On est jeunes et on s’amuse comme les autres. » La preuve par les faits. Lucie ne se contente pas de briller dans les laboratoires. Elle excelle aussi sur les parois les plus raides. En 2015, trois ans seulement après avoir découvert la discipline, elle a été sacrée championne du monde handisport d’escalade dans le palais omnisports de Paris-Bercy. La semaine passée, elle gagnait encore une étape de la Coupe du monde. « Comme la recherche, l’escalade est une école de la patience, de l’humilité et donne l’envie de se dépasser… » 

Dimitri Laleuf

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