« La France ne signera pas d’accord »


C’est ce soir, dans le cinéma de Tonneins, que le Tafta se fait une place avec le débat « projets de traités transatlantiques, quels enjeux pour nos territoires ? » Organisée par la Maison de l’Europe de Lot-et-Garonne, la soirée mettra aux prises deux invités spécialistes du sujet, le secrétaire au Commerce extérieur Matthias Fekl et l’eurodéputé José Bové. Entretien avec le ministre lot-et-garonnais qui est au centre des négociations de ce traité de libre-échange entre l’Union européenne et les Etats-Unis.

L’Hebdo : La salle du Rex sera pleine ce soir, est-ce que cela vous étonne de voir l’intérêt des citoyens sur un sujet aussi peu accessible ?
Matthias Fekl : Pas du tout ! J’ai rencontré beaucoup de personnes qui m’en ont parlé, des Lot-et-Garonnais, qui ont un très haut degré d’information. Il y a énormément d’intérêt pour le sujet. J’entends aussi les craintes, certaines non fondées et d’autres qui sont extrêmement justes. Il y a une vraie vitalité du débat citoyen. Personnellement, je suis très attentif aux réserves de fond de la société civile. Dès mon arrivée au Quai d’Orsay, j’ai voulu recevoir régulièrement les ONG, les syndicats et les associations.

L’Hebdo : Vous avez vous-même dénoncé en fin d’année dernière l’opacité dans laquelle se déroulaient les négociations, qu’en est-il aujourd’hui ?
M. F. : Je pars du principe que ce que l’on n’est pas en mesure d’assumer publiquement ne mérite pas d’être négocié. Mais la France a fait bouger la manière dont se déroule le débat. A notre demande, les parlementaires ont maintenant accès aux documents. Cette exigence de transparence portée par la France fait maintenant consensus en Europe. Il faut que toutes les informations soient mises sur la place publique. Je suis persuadé que c’est un combat d’avenir.

L’Hebdo : Il y en a encore beaucoup de sujets d’inquiétudes comme la crainte d’un trop grand pouvoir accordé aux multinationales ou la perte de compétitivité… Avez-vous des garanties à présenter aux citoyens ?
M. F. : J’ai été le premier a proposer une Cour de justice commerciale internationale qui remplace les tribunaux privés par des tribunaux publics, des arbitres privés par des juges rémunérés par les Etats. Cette position a fait l’objet d’un travail avec les Allemands puis portée par l’Europe. Nous étions très isolés au début mais le travail de conviction a porté. Notre position est désormais le consensus européen. Nous demandons également que l’accès de nos PME au marché américain soit facilité.

« Envisager qu’il ne voit jamais le jour »

L’Hebdo : Qu’en est-il de la protection des appellations protégées ou des productions agricoles qui sont des sujets très sensibles surtout dans notre département ?
M. F. : Je dois avouer que les échanges que j’ai eu avec les Lot-et-Garonnais ont beaucoup nourri la position française. Si je m’étais enfermé avec des experts à Paris, la position de la France ne serait pas la même. Les enjeux de santé, de sécurité alimentaire sont primordiaux. Nous nous battons pour la défense de notre agriculture, de nos appellations : tout ce qui fait la qualité de nos magnifiques terroirs doit être défendu. C’est pour cela que, par exemple, la reconnaissance de l’appellation Pruneaux d’Agen dans l’accord commercial avec le Canada est très importante.

L’Hebdo : Nous sommes toujours dans une période de négociations mais, aujourd’hui, pourriez-vous ratifier le traité ?
M. F. : Non. En l’état, la France ne signera pas d’accord et assumera ses responsabilités. Je l’ai dit dès septembre 2015. Le président de la République et le Premier ministre ont été clairs : il y a une série de critères que nous mettons sur la table et nos partenaires américains doivent comprendre que ce n’est ni discutable ni négociable. Si le Traité n’est pas mutuellement bénéfique, il ne sera pas signé.

L’Hebdo : Du coup vous vous rapprochez de la position de José Bové, votre débatteur du soir…
M. F. : Il y aura des divergences, c’est certain, mais également des convergences. Nous sommes bien placés en Lot-et-Garonne pour constater que la mondialisation n’a pas apporté que des richesses. Au contraire, ce qu’il faut, c’est une politique très volontariste qui bénéficie directement à chaque territoire français. La mondialisation automatiquement heureuse, ça n’existe pas ! 

Gauvain Peleau-Barreyre

Le Tafta fait salle comble

« Ca marche plus que fort ! Les places ont été réservées dès le premier jour, nous mettons les autres sur liste d’attente. » Didier Delanis, président de la Maison de l’Europe – Europe Directe et organisateur de l’événement, estime que l’engouement pour un tel sujet était prévisible : « Un accord de ce type et son application concerneront tout le monde. » Une seconde date de débat est même dans les tuyaux.
Mais qu’est-ce qui pousse les gens à venir écouter deux heures de débats, parfois techniques ? Le Tafta, acronyme anglais de « traité de libre-échange transatlantique » concerne la création d’une grande zone de commerce entre les Etats-Unis et l’Union européenne. Le traité aurait dû être ratifié dès 2015 mais les nombreuses critiques émanant de la société civile, reprises depuis peu par les politiques, ainsi que les difficultés de négociations expliquent ce retard.
Pour les opposants, ce traité manque de transparence, donne trop de poids aux multinationales, favorise les USA et met à mal la sécurité alimentaire. Les soutiens du Tafta avancent une manne pour les exportations et un effet dopant sur la croissance.   

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