« La grippe aviaire a été importée par négligence »


Serge Bousquet-Cassagne, le président de la Chambre d’agriculture de Lot-et-Garonne, est en colère. « Très en colère. » Vendredi dernier, un foyer de grippe aviaire H5N8, « une souche très virulente », a été confirmé sur la commune de Monbahus. Deux salles de gavage, auxquelles se sont rajoutées trois autres hier, sont concernées. Tous les individus ont été abattus par mesure préventive, soit un total d’environ 10 000 canards, et les 23 communes entourant Monbahus dans rayon de 10 km sont en « zone de surveillance » avec un confinement de tous les oiseaux. Les animaux affectés par le virus sont arrivés mercredi 30 novembre en provenance du Tarn. « Le problème, c’est que l’on savait deux jours auparavant que les élevages tarnais en question étaient contaminés. Dès le lundi 28, un éleveur avait alerté les services vétérinaires de la DDCSPP* de la mort de certaines bêtes mais personne n’a pensé à mettre l’élevage attenant sous confinement. Et le mercredi, ils ont diffusé la chtouille (sic) en Lot-et-Garonne, dans le Gers et dans les Hautes-Pyrénées », s’insurge Serge Bousquet-Cassagne qui dénonce « un énorme manquement ». Il met en cause les services de l’Etat (DDCSPP et préfecture) du Tarn mais aussi la coopérative Vivadour « qui a envoyé ces animaux vers les salles de gavage en connaissance de cause ». Avec en soutien Philippe Martin, président du Conseil départemental du Gers et ancien ministre de l’Ecologie, la Chambre d’Agriculture et les syndicats agricoles vont porter plainte au nom des producteurs impactés et des autres victimes indirectes du confinement. « Car si les interdictions de mouvement des volailles avaient été appliquées comme cela a été le cas immédiatement chez nous avec la préfecture qui a fait son boulot, il n’y aurait pas de grippe aviaire en Lot-et-Garonne, affirme Serge Bousquet-Cassagne. Elle a été importée par de la négligence, voire de la malveillance. Il ne s’agit pas du principe de précaution contre lequel je me bats mais tout simplement de bon sens paysan. Quand des animaux crèvent, on ne les envoie pas à 300 km. »

Pas transmissible à l’homme

En attendant que les procédures d’indemnisation se mettent en place, un fonds social sera mobilisé au plus vite pour « atténuer les pertes » des salles de gavage concernées. « En plus de l’argent, les producteurs perdent beaucoup de courage dans cette histoire alors que ce métier est déjà assez difficile », souligne Serge Bousquet-Cassagne.
Le magazine de la Chambre, Campagnes 47, venait de titrer en Une de son édition de décembre « Le canard reprend son envol ». Raté. Cette crise tombe en effet au moment où la France devait retrouver le statut « indemne d’influenza aviaire », lui permettant de reprendre ses exportations, de fois-gras notamment. Ce sera finalement pas le cas cet hiver. Mais la CA se veut tout de même rassurante auprès des consommateurs nationaux. « Il y a aura bien des produits à déguster pour les fêtes. Le virus H5N8 n’est pas transmissible à l’homme », assure Tiffany Massalve, conseillère agricole.

Dimitri Laleuf

* Direction départementale de la cohésion sociale et de la protection des populations

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