« Que l’administration ferme les yeux »


Serge Bousquet-Cassagne est retourné dans ses champs  après avoir investi lundi, en compagnie de nombreux agriculteurs, la capitale départementale. Un coup de force qui voulait dénoncer la situation critique de sa profession. Faibles prix de vente des productions et surtout extension du classement en zones vulnérables dans le cadre de la directive nitrates (au total 80% des communes du département seraient concernées), les mots d’ordre ne manquaient pas.

Le point sur les revendications
L’Hebdo : Au terme de la mobilisation de lundi et d’une réunion en préfecture avec les pouvoirs publics, qu’avez-vous obtenu ?
Serge Bousquet-Cassagne : Nous avons été reçu pendant deux heures par le préfet. Mais nous avions très bien compris que les décisions ne se prenaient pas ici. Il n’a pas le pouvoir pour accéder à nos revendications.

L’Hebdo : Est-ce donc un échec ?
S. B.-C. : Nous savons que le préfet est coincé entre mille feux. Il y a les décisions qui sont prises en haut, à Paris, par l’Europe, leurs applications et puis il y a nous. Et la suite à donner, c’est l’administration qui en décidera…

L’Hebdo : Clairement, vous demandez à l’administration d’être plus compréhensive ?
S. B.-C. : Nous leur demandons de fermer les yeux. Ils en ont le pouvoir. Notamment sur nos recours juridiques, sur les permis de construire, sur les poulaillers ou sur les dossiers individuels. Après si l’administration est tatillonne, nous le serons aussi… Quand on dit que le classement en zones vulnérables va faire mourir l’élevage, ce ne sont pas que des mots, c’est la réalité.

Le soutien de la population
L’Hebdo : Lundi, beaucoup d’Agenais ont été surpris par votre mouvement, combien d’agriculteurs étaient présents ?
S. B.-C. : Nous avons réussi à mobiliser entre 700 et 800 agriculteurs. Il y avait aussi plus de 150 tracteurs. C’était une mobilisation en nombre, de grand courage et de grande dignité. Et quand une profession manifeste, cela veut dire qu’elle ne disparaîtra pas.

L’Hebdo : Pensez-vous que la population vous a soutenus ?
S. B.-C. : Oui. Il y a toujours quelques grincheux mais quand je circulais en ville, je voyais les gens avec le pouce levé qui me disaient « c’est bien, continuez ». Les gens nous ont soutenus. J’ai reçu des messages d’encouragements de toute la France, de toutes les professions. Même sur les réseaux sociaux notre mouvement était bien vu. C’est normal, les gens vivent la même chose que nous avec des règles et des règlements à tout-va.

La suite du mouvement
L’Hebdo : Quelle sera la suite du mouvement ?
S. B.-C. : Le ministre de l’Agriculture devait venir vendredi à Marmande, mais il a eu peur et ne sera pas là… C’est pareil pour la réunion des experts de l’eau au Centre des congrès vendredi (aujourd’hui, réunion entre l’Agence de l’eau Adour-Garonne et la Dreal, NDLR), on leur a dit de prévoir des bouteilles parce qu’on saura les recevoir…

Propos recueillis par Gauvain Peleau-Barreyre

Qui va payer la facture ?

Avec un dépôt de plainte hier, les services de l’Etat apportent une première réponse. Le directeur de la DDT a déposé plainte au commissariat contre la Coordination rurale. Les dégradations de bâtiments se jugeront donc au tribunal.
Du côté de la ville, le volet judiciaire semble exclu. Le bureau municipal de lundi prochain s’orienterait vers « une négociation à l’amiable » et demanderait aux agriculteurs de participer (financièrement ou humainement) à la remise en état, notamment des espaces verts.
Au Conseil général, toutes les options restent ouvertes. Même si le dépôt de plainte ne serait pas à l’ordre du jour…

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