L’art de la récup’ à la sauce argentine


Reggiardo. Forcément que ce nom est évocateur dans l’Agenais, en particulier pour les fidèles d’Armandie. Mais aujourd’hui, ce n’est plus simplement de Mauricio, l’entraîneur des avants du Sporting, que l’on entend parler sur les bords de Garonne. Il y a deux mois, Natalia, son épouse, a ouvert un atelier de récupération « Pampa décoration ». Aux côtés de sa compatriote Anita Jack, compagne du demi d’ouverture argentin Ignacio Mieres, elle redonne vie à des objets qui partent à la poubelle. « On fait 100% de notre décoration à partir d’objets de récup’, explique-t-elle. On réutilise tout et n’importe quoi que l’on trouve à Emmaüs, dans la rue ou les vides-greniers, et on le transforme en objets décoratifs, fonctionnels et pas chers pour la maison » . L’ingéniosité et le savoir-faire des deux Sud-Américaines n’ont pas de limite : les bouteilles de sauce tomate sont transformées en vase, les pots de confiture deviennent des chandeliers et les sacs de café servent à fabriquer un pouf en toile de jute. « Rien ne part à la poubelle chez nous puisque tout se recycle. Même les capsules de café sont récupérées » illustre Natalia. Une fibre créative que ces Portègnes puisent de leurs racines albicelestes. « Quand on vient d’Argentine, on sait tout faire, s’amuse Natalia. Nous avons un savoir quasi-encyclopédique et nous sommes hyper créatifs car c’est l’essence même de notre pays. Chez nous, c’est la démerde tous les jours (sic) car nous n’avons pas les enseignes Gifi, Ikea ou La Foir’fouille pour décorer notre maison.»

Des expo-ventes tous les quinze jours

Gouvernée par la famille Kirchner (Nestor puis sa femme Cristina) de 2003 à 2015, l’Argentine s’était enfoncée dans la pire crise économique de son histoire et a sauvé sa peau à force de débrouille, d’autogestion et de protectionnisme durant le kirchnérisme. « Chez nous, ils commencent à peine à trier leurs déchets et à dissocier le verre, du carton ou des ordures ménagères, explique Anita, ancienne institutrice dans une école maternelle de Buenos Aires. Vous vous doutez bien qu’il y a encore moins de recyclerie. Et donc, dès le plus jeune âge, on apprend aux enfants à réaliser des objets à partir des détritus qu’ils trouvent dans les poubelles. Les ateliers créatifs ont une place importante dans l’éducation locale ». « Ce sont les Argentins qui ont par exemple créé les stylos-bille et les empreintes digitales » ajoute un brin fière Natalia.

Les deux associées et amies de 46 et 25 ans, originaires de la province de Buenos Aires mais qui se sont connues à Agen grâce à leurs alter-egos, valident actuellement un diplôme de décoratrice d’intérieur à distance. Si elle n’en est qu’à ses prémices, leur activité a parfaitement démarré puisqu’une cinquantaine de personnes se sont rendues à leur première expo-vente organisée dans leur atelier situé au 11 rue d’Albret samedi dernier. Ravies, les deux Argentines renouvelleront l’opération tous les quinze jours. « On avait une certaine appréhension car on ne savait pas si nos créations allaient plaire autant aux Français qu’aux Argentins. Mais finalement les gens ont apprécié de trouver des choses différentes. Certains ont déjà pris commande pour les prochaines fois. Notre idée est donc de continuer dans cette dynamique avec pour objectif de se rendre sur les marchés de Noël afin de proposer des cadeaux différents et accessibles à tous » A terme, « los magos del arte* » rêvent d’ouvrir leur propre local dans la préfecture lot-et-garonnaise. Mais chaque chose en son temps. Elles misent d’abord sur le bouche-à-oreille, leur excellent contact humain et leur humour latin pour se faire un nom dans l’Agenais.

Simon Galinier

*Les magiciennes de l’art

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Le rugby jamais très loin de Natalia Reggiardo

Epouse de Mauricio Reggiardo, depuis vingt-six ans, Natalia est arrivée en France, à Castres, en 1996, pour suivre son mari qui a porté les couleurs du CO jusqu’en 2005 avant qu’il n’entame une carrière d’entraîneur dans le Tarn, d’abord à Mazamet, puis à Castres en 2007 et 2015 et enfin à Albi en 2016. A deux reprises, Natalia a profité de son séjour en Midi-Pyrénées pour se former aux métiers de l’artisanat d’art à Revel, à une trentaine de kilomètres de la sous-préfecture tarnaise. Elle possède aujourd’hui deux diplômes : l’un de doreuse à la feuille d’or – « nous ne sommes qu’une centaine de personnes en France formées à la restauration d’objets du XVIIème siècle », explique cette mère de trois rugbymen nés à Castres : Bernard (20 ans), Jean-Baptiste (17 ans) et Valentino (11 ans). Et l’autre de tapissière d’ameublement. « J’ai recouvert une dizaine de fauteuils voltaire avec des maillots de rugby que j’ai exposés au salon madeinrugby 2016 à Castres. Aujourd’hui, je continue à en faire sur commande ». 

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