Le passeur d’art s’en est allé


Le musée de Gajac est en deuil. Celui qui aidait depuis des années la Bastide à recevoir ou acquérir des oeuvres artistiques n’est plus. Jacques Balmont, amateur d’art éclairé, ancien adjoint à la Culture et ami de nombreux grands artistes plasticiens ou galeristes est décédé en ce début de semaine. « Il aimait lui-même se qualifier de passeur. C’était un homme passionné, lance d’emblée Hélène Lagès, conservatrice du musée de Gajac. Je me souviens quand je suis arrivée. Il est venu me voir très vite, me proposant son aide, son carnet d’adresses et des tas d’idées d’exposition. Il ne se passait pas une semaine sans qu’on partage un café ». Ce collectionneur depuis les années 60 et 70 faisait profiter largement les Villeneuvois de ses nombreuses relations, « notamment avec Jean-François Jaeger, galeriste réputé à Paris, son ami grâce à qui nous avons pu monter de nombreuses expositions de prestige. Tous les deux s’appelaient chaque dimanche. Il était également très proche de Louttre B ». Sans compter les nombreuses autres connaissances qu’il avait nouées au fil des années, notamment lorsqu’il était imprimeur dans les années 70 et mettait sous presse des livres d’art. « Il avait toujours des anecdotes à raconter sur les instants qu’il passait avec les artistes. Le musée lui doit beaucoup. Lorsqu’il était adjoint à la Culture de 1974 à 1977, il dégageait du budget pour acquérir des oeuvres et les entrer dans les collections permanentes » ajoute Hélène Lagès. La dernière exposition en date qui n’aurait pas eu lieu sans son entregent, sorte d’apothéose, fut « Une passion de l’art » à l’été 2014 en étroite collaboration avec la galerie Jeanne Bucher : « Jacques Balmont a été notre passeport dans ce milieu fermé des galeristes. Nous sommes souvent parties avec lui à Paris ou chez des particuliers pour aller chercher des oeuvres ». L’homme passionné, surtout par l’art non figuratif d’après-Seconde Guerre mondiale, n’avait de cesse d’écumer les salles d’exposition : « Je me souviens de certains voyages où il nous épuisait… Notamment à Barcelone où il voulait tout voir et tout faire en l’espace de trois jours ». Hélène Lagès et ses collègues avaient même été surnommées « Les musettes » par les relations parisiennes de Jacques Balmont, « comme ses drôles de dames ».
Jacques Balmont aimait aussi le jazz, assez pour y consacrer une émission radio sur Radio 4 et créer le festival Jazz en Villeneuvois début 90. « Et le clafoutis aux cerises… C’était un gourmand de la vie et qui avait gardé son enthousiasme et sa fraîcheur. Son nom restera attaché à ce musée. Il appartient à son histoire ».

Annabel Perrin

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