Assises // Le procès vu de la cité


Le quartier de Montanou a bénéficié d’une réhabilitation de certains espaces comme ici sur la place centrale où les jeux pour enfants côtoient le centre social, une épicerie et une patrouille de police municipale.

Depuis cette semaine, la cité de Montanou s’est invitée en plein coeur de ville. Au tribunal précisément, où la mort de Kamel El Garmoui, un Villeneuvois de 20 ans tombé sous les coups de ses agresseurs, est disséquée par les magistrats et les jurys. Une tragédie qui s’est déroulée une nuit de janvier 2011 où des jeunes de Montanou sont accusés d’avoir lynché la victime. Un groupe d’une dizaine de personnes venu appliquer un droit de cité qui amène cinq d’entre eux à comparaître devant la cour d’assises des mineurs pour violences ayant entraîné la mort sans l’intention de la donner.

« Il n’y a pas de bandes ici »
Pendant que les magistrats s’arrachent les cheveux à démêler l’écheveaux des responsabilités, les résidents de Montanou offrent un profil bien éloigné de gangs à la sauce américaine. « On dit qu’ils sont une bande, mais il n’y en pas ici, explique Kamel*, 27 ans. Ce sont juste des enfants du même âge qui ont grandi ensemble. » La thèse d’une rivalité supposée avec les Villeneuvois n’a pas la cote non plus.
Du côté de la Bastide, où se sont passés les faits, si on suit le procès, c’est un peu de loin. Quai d’Alsace, où s’est déroulé le drame, il n’en reste aucune trace. Patrick Cassany, le maire de la ville, à l’époque premier adjoint, se souvient de ce jour où il est allé se recueillir avec la famille du jeune Kamel, aux côtés de sa mère effondrée : « C’était une tragédie qui a marqué Villeneuve mais la ville a conscience que c’était dans un contexte particulier et isolé ».

« Une chape de plomb »
L’ombre de la victime plane encore à Montanou où 40% des 2 500 habitants ont moins de 25 ans. Il n’est pas rare de tomber sur quelqu’un qui a connu ou connaît les agresseurs. Le gendre du défunt est là aussi. Comme les mis en cause qui ont continué à vivre dans leur quartier. Un habitué du centre social raconte. « On les voit, on en parle. Ils sont tous touchés chacun à leur niveau, ça va de la dépression au déni. » Les « grands frères » assurent qu’il n’est pas question d’avoir de la compassion pour l’acte meurtrier, juste pour les auteurs, et pour la victime bien entendu. Le directeur de la Maison pour tous,  Jean-Baptiste Chipy, n’est pas plus disert, tout juste évoque-t-il « la chape de plomb » qui s’était abattue sur le quartier au lendemain du drame. « On n’y a pas cru, continue Brian, la petite trentaine, c’est des petits, la génération avant nous. On a grandi avec eux, ils étaient respectueux. Ici, on est honnête, on travaille et on côtoie toutes les nationalités. » Et pourtant ça ne les a pas empêchés de partir armés de barres de fer ou de couteaux. « Ils allaient se battre contre des grands, ils avaient peur. » Et de conclure. « Est-ce qu’il y a des jeunes qui traînent ? Non. On essaie tous de travailler, d’étudier, conclut Brian, lui-même employé municipal. Il faut juste comprendre qu’on est pas la plaie d’Agen. » Pas de quoi refermer celle de la famille du défunt qui assiste chaque jour aux audiences.

Gauvain Peleau-Barreyre
et Annabel Perrin
* Les prénoms ont été changés

Rappel des faits //

Les faits s’étaient produits dans la nuit du 28 au 29 janvier 2011 à Villeneuve-sur-Lot. Après des échauffourées avec des policiers, un groupe de Villenevois avait pris à partie des jeunes d’Agen. La rixe, à laquelle avaient pris part une vingtaine de personnes, avait duré plusieurs heures, semant la confusion dans les rues de cette ville de 23 000 habitants. Sortant d’un café situé sous les Cornières, un jeune de 20 ans, Kamel El Garmaoui, avait été pris en chasse par plusieurs personnes qui pensaient, à tort, qu’il avait pris part aux altercations. Le jeune Kamel avait alors traversé le pont des Cieutats pour venir se réfugier quai d’Alsace. Souffrant d’asthme, il avait finalement été rattrapé par ses agresseurs qui s’étaient déchaînés contre lui, derrière un parapet, non loin du club d’aviron. L’un d’entre eux lui avait porté un coup de couteau de boucher, qui s’avéra mortel, dans l’artère fémorale. La mort du jeune homme avait suscité une vive émotion à Villeneuve. Ses proches avaient rapidement appelé au calme. Une marche blanche, réunissant plusieurs centaines de personnes, avait eu lieu dans la cité le lendemain du drame.

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