Le programme politique : des mots, rien que des mots ?


Vous les avez vus sur les marchés, parfois sur le pas de votre porte. Vous les avez entendus dans votre télé, sur votre poste de radio ou vous avez lu leur tract glissé dans la boîte à lettres. Résultat ? Ils ont tous des idées, des propositions et une bonne raison de voter pour eux. Mais leurs documents de campagne correspondent-ils vraiment à ce qu’ils vous disent ? Pour le savoir, nous avons lu en détail chaque programme (1) et relevé quels termes reviennent le plus souvent.

L’emploi pour tous
Département accusant un taux de chômage de plus de 10% en 2014, le thème de l’emploi se retrouve au coeur des programmes. Tout le champ lexical y passe : « emploi », « développement », « entreprise », « projets », « investissement », « soutien » arrivent en tête. Ceux qui insistent le plus sont la majorité sortante (plus de 100 occurrences), la liste d’opposition y fait référence plus de 50 fois tandis que le Front national mentionne « économie » cinq fois…

Les impôts pas vendeurs ?
Il est vrai que le parti frontiste est parfois tancé sur ces compétences en la matière… Mais sait appuyer là où ça fait mal. Au porte-feuille. Avec dix mentions des « impôts », c’est le terme qui revient le plus.  Avec la précision qu’ils ont « augmenté ces dernières années » et qu’une fois aux responsabilités les Frontistes souhaitent les baisser. A droite et à gauche, on est beaucoup plus discret sur le sujet. « Impôts » n’est pas cité par l’opposition, précisant tout de même qu’elle va « contenir le niveau de fiscalité directe et indirecte ». La majorité sortante reste tout aussi économe mais le cite quand même une fois, là aussi pour parler de « stabilité fiscale ».

Solidaire ou fraudeur ?
Poste majoritaire du budget départemental (222 millions d’euros en 2014, soit 52% du budget total), l’action sociale figure également en tête des préoccupations des candidats et marque une vraie rupture entre eux. Droite et gauche la cite en parlant de « solidarité » et de « social ». Les premiers mentionnent le « contrôle » du versement des allocations quant aux seconds le terme de « solidarité » est précédé de l’adverbe « plus ». Les marqueurs idéologiques sont là. Tout comme pour le Front national. Le parti utilise le terme de « fraude », parfois accolé à des thématiques nationales quelque peu éloignées du département, mais n’oublie pas de parler de la « lutte contre les abus au RSA : fraude à la domiciliation… ».

Jeunes et vieux, combat inégal
En plein dans la compétence du Conseil départemental, la jeunesse et les aînés ne sont pas oubliés. Enfin les jeunes un peu. « Enfance », « jeunes », « jeunesse » sont mentionnés quatorze fois à gauche, trois fois à l’extrême-droite et une fois à droite. Pour être complet, le « collège », établissement géré par la collectivité, revient un peu plus à droite et à gauche, mais pas sur les documents du FN. Ces derniers parlent, en revanche, huit fois des « retraités » et des « personnes âgées ». C’est un peu plus que leurs adversaires. Mais tous s’accordent à dire que la prise en charge du « vieillissement », des « retraités modestes » et de leur « autonomie » est un enjeu central.

La campagne de la campagne
Que deviendrait le Lot-et-Garonne sans son agriculture ? La Gironde ou la Haute-Garonne ? Non, plus sûrement un territoire peu dynamique… C’est donc ce qu’ont compris les forces en présence. « Rural » et « ruralité » se retrouvent dans les trois documents étudiés. Tous veulent promouvoir une campagne « attractive ». L’ « agriculture » ou sa déclinaison « agricole » sont au coeur des thèmes développés par la majorité sortante et l’opposition. La première rappelle son action en faveur du machinisme agricole et sa volonté de promouvoir les cultures à forte valeur ajoutée quand la seconde avance des idées sur la formation ou des rendez-vous marquants comme une « fête de l’agriculture ».

Il n’y a que chez eux que…
Les partis en présence ont tout de même leur vocabulaire propre… Voire leurs propres idées. Du côté de la majorité, les « clusters » sont mis en avant. Ces grappes d’entreprises d’un même secteur sont une des réalisations des sortants. Les « transports » (repris quand même une fois par la droite) et leur gratuité sont également très présents (cités sept fois).
A droite, on mise sur des néologismes comme « fab-lab » (fabrique-laboratoire) ou « securipôle » pour se démarquer. Ils sont également les seuls à parler de « formations linguistiques ».
Dans le document du Front national, les termes classiques de l’« UMPS », d’« immigration», d’« insécurité » et d’« Islam » se côtoient… Mais sans jamais parler une fois de Lot-et-Garonne.

Gauvain Peleau-Barreyre

(1) Pour rédiger l’article, nous nous sommes appuyés sur les programmes distribués par les candidats de la majorité départementale (24 pages), de l’opposition (12 pages) et du FN (8 pages).

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