Le rêve américain du Pruneau d’Agen


«C’est peut-être la plus belle récolte depuis dix ans mais ce n’est pas pour autant une année exceptionnelle. » Le millésime 2016 du pruneau d’Agen est victime de cet étrange paradoxe. Volontairement prudent, le représentant des producteurs et président de l’AOP Patrick Léger détaille : « Nous avons fait 40 000 tonnes cette année contre 36 000 lors du précédent exercice, grâce notamment à une très bonne météo cet été. Attention, c’est très bien, les entreprises comme les producteurs avaient vraiment besoin de ces résultats car on était au plus mal il y a quatre ans. Ce n’est toutefois pas un record et j’espère bien que l’on fera encore mieux à l’avenir avec 500 hectares de vergers supplémentaires replantés chaque année ». Le calibre, plus petit qu’en 2015, vient également pondérer l’appréciation de cette cuvée.
La conjoncture internationale pourrait cependant lui donner un tout autre visage. En effet, si la demande française, de l’ordre de 26 000 tonnes, ne progresse plus, la donne est tout autre à l’étranger. L’export représente un axe de progression très important. Et l’un des principaux concurrents du fruit sec lot-et-garonnais est en grande difficulté. « La Californie, dont la production est deux fois supérieure à la nôtre, vient de faire une demi-récolte. C’est une belle opportunité pour nous », lance Patrick Léger. Les professionnels de la filière tablent ainsi sur des commandes de l’ordre de 15 000 tonnes en provenance des Etats-Unis. « C’est du moins ce que l’on espère car aucun contrat n’est encore signé », tempère le producteur villeneuvois. Dans cette conquête de l’Ouest, le pruneau d’Agen doit faire face à un adversaire pour le moins coriace : son homologue chilien, plus compétitif question tarif sur le marché. Le petit Français a tout de même quelques atouts à faire valoir. « On est souvent copiés, en Californie et au Chili justement, mais jamais égalés en termes de qualité et de goût », affirme Patrick Léger. Le temps peut également jouer en faveur des Lot-et-Garonnais. « En Amérique du Sud, la récolte ne se fera qu’à la fin du mois de février. Cela nous laisse donc un peu moins de trois mois pour passer à l’offensive », ajoute-t-il. L’enjeu est de taille. La filière pruneau, entre production et transformation, représente plus de 210 millions d’euros de chiffre d’affaires et 10 000 emplois. Après avoir frôlé la catastrophe, le pruneau d’Agen tient là une occasion inespérée de se remettre définitivement dans la course.

Dimitri Laleuf

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