« Le sacrifice de Marion n’a pas été vain »


«Il y a vingt ans, quand le papa de Marion s’est rendu au commissariat, on lui a dit d’attendre, que c’était sûrement une fugue. Aujourd’hui, ce n’est plus possible ». Annie Gourgue, présidente de la Mouette, association de défense et de protection de l’enfance,  le reconnaît : la disparition de la petite Marion à Agen a été le déclic en France, pour la mise en place de nombreux dispositifs nationaux et européens. Lorsque Marion disparaît à la sortie de l’école, le 14 novembre 1996, Annie Gourgue et l’association la Mouette ne traînent pas. Quelques mois auparavant, l’affaire Dutroux avait secoué l’opinion publique : « Nous avons commencé par lancer une grande campagne d’affichage… Près de 15 millions d’affiches » se rappelle Annie Gourgue. « C’était la première fois que le visage d’une enfant disparue était affiché dans la rue ».
A l’époque, internet en était à ses balbutiements. L’association n’a que peu de moyens de communication… Elle diffuse en masse le portrait de Marion, le fait parvenir aux préfectures et sous préfectures de l’Hexagone… Lorsque Jacques Pradel, journaliste télé, s’intéresse à l’affaire, la médiatisation amène un coup de projo sur l’association et sa présidente : « A l’époque, on a constaté qu’il n’y avait pas grand chose pour aider aux recherches. J’ai commencé à lancer l’idée d’un plan Orsec en cas de disparition d’enfant ».
Annie Gourgue travaille en parallèle sur un réseau européen avec deux autres pays, l’Italie et la Belgique pour la création d’une fondation : « Aujourd’hui, 26 pays sont membres de la Missing Children Europe ».  L’objectif premier était de créer un numéro de télépone unique en Europe pour toutes informations sur une disparition de mineur : « La France a été l’un des derniers d’Europe à mettre en place le 116 000, il y a 15 ans » regrette Annie Gourgue. « Sous prétexte que cela coûtait cher… A cette époque, 19 à 20 enfants disparaissaient ».
Puis Annie Gourgue et la Mouette se lancent dans un nouveau combat : la création d’une alerte enlèvement à la manière du Canada. Nicole Guedj, secrétaire d’Etat aux droits des victimes, se laisse convaincre par Annie Gourgue. En 2006, l’alerte Amber est créée. Annie Gourgue est présente lors de la signature de convention entre l’Etat et l’ensemble des médias nationaux : « Elle fonctionne bien, accompagnée d’un fond sonore bien identifié. Elle a permis de sauver 13 enfants depuis sa création. Ce n’est pas rien ».
En 2008, un pas  nouveau est franchi avec la création d’une charte appliquée dans tous les commissariats et gendarmeries de France. Un dispositif bien précis désormais mis en branle pour toute disparition signalée : « Désormais, on ne dit plus à aucun parent qui se présente « revenez demain » sous prétexte que cela peut-être une fugue » explique Annie Gourgue. Que reste-t-il à faire ? « De la prévention, auprès des enfants et des parents, notamment sur les dangers d’internet… Je regrette que l’école n’y consacre pas plus de temps. Cela pourrait entrer dans le cadre scolaire lors de la journée internationale des droits de l’enfant. Mais je ne désespère pas et je compte sur la génération suivante sensibilisée aux droits de l’enfant aujourd’hui ».   

Annabel Perrin

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