Les migrants accueillis… Et après ?


Ils seront quarante à cinquante. Le chiffre a été confirmé par la préfecture cette semaine. L’État a donc décidé de déplacer des migrants de Calais un peu partout en France, et notamment en Lot-et-Garonne. Pour l’instant, aucun lieu d’accueil n’a été décidé, les services du préfet étant en quête d’un site capable à lui seul de tous les loger. La piste de Casteljaloux et son centre de loisirs est la dernière en date à filtrer. On pourrait penser que la nouvelle réjouirait les associations naturellement en charge de l’accueil des réfugiés… Pourtant, RESF et la Cimade, qui s’occupent des déboutés, restent plutôt pessimistes : « L’émotion que cela suscite est plutôt bien, mais elle ne concerne que les Syriens », remarque Claude Arnaud, bénévole de la Cimade. « En attendant, il y a plein d’autres gens qui sont déjà ici dans l’attente d’une décision depuis parfois quatre ans ou qui se voient déboutés. Ceux-là sont dans la rue ». Claude Arnaud rappelle ainsi que 80% des demandes pour le statut de réfugié sont refusées en Préfecture : « Et celle de Lot-et-Garonne souligne que dans notre département les refus sont moins importants, 45 à 55% ». Pour Claude Arnaud, accueillir des réfugiés ne s’improvise pas : « Il faut que ce soit en centre-ville pour que les personnes aient accès aux services, sinon ce n’est pas viable à terme, notamment chez des particuliers qui vont devoir les véhiculer ». Claude Arnaud est également persuadé que les demandes d’asile ne se feront pas en France : « Les migrants qui viennent de Syrie veulent plutôt s’installer dans des pays dont ils maîtrisent la langue, en Allemagne ou en Angleterre. Et puis, ils savent qu’en France, les migrants sont plutôt mal reçus ».
Plus grave est son sentiment que, malgré l’affux de  migrants en Europe, la France n’accordera pas davantage de droit d’asile en 2015 et 2016 : « Nous sommes le seul pays européen à appliquer à la lettre la convention de Genève qui stipule que le droit d’asile est accordé à des personnes personnellement en danger ou qui ne peuvent être protégés par leur pays. Ce qui ne prend pas en compte les pays en guerre… L’Allemagne, elle, passe actuellement au-delà du texte ». Pour Claude Bernard, l’État va jouer sur l’effet de vases communicants : « A la Cimade ou à RESF, on constate qu’il est de plus en plus compliqué d’obtenir des titres de séjour ou des récépissés. Pour moi, ils font de la place pour les Syriens » lance Claude Arnaud pessimiste. « Pourtant, il faut le savoir, les déboutés ne rentrent pas chez eux. Ils ne sont pas partis par hasard. Ils restent alors là, sans droits et sans papiers.

Annabel Perrin

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