L’oeil d’André Gounou // La politique participative mise à l’épreuve


La démocratie participative et le débat public sont des processus d’échange et de partage qui aident à la définition et à la mise en œuvre de l’action publique locale. Cela permet de mettre en place des dispositifs et des procédures qui augmentent l’implication des citoyens dans la vie politique et d’accroître leur rôle dans les prises de décision. C’est en 2009 que l’initiative de faire élire au suffrage universel direct les représentants de 23 quartiers d’Agen a été prise par le maire Jean Dionis et son conseil municipal. Je me souviens des longs débats qui ont précédé la décision. Par honnêteté, je n’étais pas un ardent défenseur. L’opposition si prompte, en d’autres circonstances, à soutenir ce type d’initiative, trouvait tous les prétextes pour repousser la mesure : artifice politique, trop de quartiers, refus du vote des étrangers…Bref, arguments et arguties étaient multipliés pour s’opposer au projet. Je rappelle que c’est la loi Vaillant de 2002 sur la démocratie de proximité, qui a instauré, entre autres, les conseils de quartier.
Plusieurs années de fonctionnement permettent d’affirmer  que ces conseils de quartier jouent un rôle important dans le renforcement du lien social entre les habitants des quartiers. Ils ont un rôle d’avis et de proposition sur toutes questions intéressant le quartier (amélioration du cadre de vie, mise en place de nouveaux équipements publics…). Une dotation budgétaire de 500 000 euros leur permet d’asseoir leur pouvoir même si la décision est prise en accord avec la mairie. Ainsi les citoyens devant être appelés à la vie intellectuelle et morale sont de plus en plus mis en état d’exercer, d’une façon efficace et raisonnée, la part de pouvoir qui leur est attribuée dans un environnement de proximité. Par expérience je sais combien la gestion d’une collectivité au quotidien est difficile. Les conseils de quartier sont aussi des relais sérieux qui permettent de révéler et de traiter rapidement les problèmes. Nous devons aux membres élus, désintéressés, soucieux de servir l’intérêt général reconnaissance et respect.

Une adhésion soumise à l’enjeu

Il y a quelques jours, les électrices et électeurs d’Agen ont été appelés à voter pour élire les nouveaux représentants des quartiers. En 2009 la participation était de 23,4 % contre seulement 16, 6 % cette fois. Alors bien sûr le maire n’est pas très satisfait. Il y a deux hypothèses à cette baisse de la participation. La première c’est que sur 23 quartiers, 20 ne présentaient qu’une seule liste. Les trois quartiers où il y avait deux listes enregistrent des scores nettement plus élevés de 30, 27 et 20 %. Une des raisons de la défection est le peu d’enjeu sur le résultat et donc ne pas en tirer des conclusions trop hâtives sur le recul du taux de participation. A l’analyse on peut au contraire en tirer deux enseignements majeurs. Les listes de quartiers sont composées de citoyens dont la sensibilité est diverse. Le vote légitime mais ne sanctionne pas. Autre raison l’opposition, au départ très critique, adhère de façon neutre au projet. A part qu’elle refuse de s’engager dans un effort d’organisation. Si je me permets de dire cela c’est parce que sur les réseaux sociaux des commentaires d’opposants saisissent l’occasion pour dénoncer « un nouveau revers » du premier magistrat. Si leur parole est d’argent leur action eut pu être d’or en s’engageant dans la constitution de listes. En démocratie personne ne doit être « diabolisé » mais, au contraire, tout le monde doit pouvoir agir et s’exprimer librement. La crédibilité de certains propos n’est validée que lorsqu’elle est confrontée à l’action.

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