L’oeil d’André Gounou // Les rythmes scolaires accentuent l’inégalité !


Nous sommes la 5ème puissance mondiale et classée 25ème au palmarès mondial du niveau scolaire ! De réformes en réformes on s’enfonce dans le classement. On se gausse d’égalité; fiscale, citoyenne, de territoire. Ces mots pleins d’intention doivent se traduire en actes. Le dossier des rythmes scolaires qui est censé s’appuyer sur la chronobiologie est aussi brûlant que celui de ce soleil d’été. J’ai, avant tout, une pensée toute particulière pour ces professeurs des écoles que j’ai côtoyés ces dernières années et qui m’ont témoigné leur grand sens des responsabilités dans l’exercice délicat de leur fonction. Ils constituent majoritairement des équipes empreintes de foi que les diktats pédagogiques pondus par le Ministère et imposés par le système viennent quelque peu perturber. L’expérimentation, quelquefois évaluée idéologiquement, conduit à des décisions incomprises, voire inapplicables. Ils, et elles, sont en première ligne et donc subissent observations et critiques au travers de ces incessants changements. Aujourd’hui, il s’agit de la mise en œuvre des rythmes scolaires.

Un personnel qualifié

À cette rentrée de septembre 2014, tous les élèves bénéficieront des nouveaux horaires à l’école. Cette nouvelle organisation du temps scolaire répond avant tout à des objectifs pédagogiques pour permettre aux enfants de mieux apprendre à l’école; favoriser les apprentissages fondamentaux le matin, au moment où les élèves sont les plus attentifs. Pour le reste du temps un décret précise que la mise en place d’activités périscolaires est facultative et que la participation des enfants aux activités, si elles ne sont pas mises en place, n’est pas obligatoire. Je ne suis pas compétent pour juger de l’efficacité de la mesure. Par contre, en ces temps où l’on ne parle que d’égalité, je suis inquiet sur sa mise en œuvre homogène dans nos communes rurales. La qualité et l’importance de l’offre d’activités sur le territoire en terme de personnels d’encadrement et d’animateurs qualifiés me paraissent disparates. L’équité, est la valeur essentielle qui doit guider la formulation des projets locaux. Les diagnostics réalisés en milieu rural révèlent souvent une faiblesse dans l’offre d’activités culturelles, artistiques et sportive. Par ailleurs, les maigres ressources financières des collectivités rurales sont réelles dans un certain nombre de situation. Le coût constitue un véritable obstacle à la préservation de l’ambition égalitaire de l’école. Cette réforme soulève aussi bien d’autres interrogations au niveau organisationnel, social et statutaire. Comment faire pour que ces heures supplémentaires ne finissent pas par devenir de simples gardes d’enfants ? Y aura-t-il un personnel qualifié ? Comment faire pour éviter d’accentuer les inégalités déjà importantes dans le monde rural ? Les riches communes pourront mettre en place des activités très ludiques et les communes pauvres mettront en place ce qu’elles pourront, jusqu’à faire de la garderie. L’aide de l’Etat, trop faible, non pérennisée et l’adhésion facultative des parents ne rassurent pas sur le devenir d’une réforme d’une école égalitaire. Je sais que je vais passer pour un archaïque, mais pour moi la priorité c’est que tout élève entrant en 6ème sache lire, écrire, compter et s’exprimer convenablement.

 

Réponse de Eric Casail, Secrétaire Départemental FCPE /

MONSIEUR GOUNOU : UN COMBAT D’ARRIERE-GARDE

La FCPE, première Fédération de parents d’élèves et indépendante de tout parti politique, tient à réagir aux propos de monsieur Gounou parus dans Quidam-Hebdo du11 juillet 2014.

La réforme des rythmes scolaires est une nécessité.

Elle part de deux constats simples : la journée de classe de six heures est trop longue pour nos enfants ; nos enfants sont plus disponibles le matin pour les apprentissages. Il était donc indispensable d’abandonner la désastreuse semaine de quatre jours, décidée unilatéralement et sans concertation en 2008, comme le montre le rapport parlementaire rédigé par Xavier Breton (UMP) et Yves Durand (PS), ce qui prouve qu’il ne s’agit pas d’une histoire de politique politicienne. Malheureusement, en cette année d’élections municipales, certains hommes politiques, et certains syndicats enseignants, ont changé d’avis, instrumentalisant de façon éhontée nos enfants !  La priorité de monsieur Gounou est que tout élève sache  lire, écrire et compter en entrant en sixième ; c’est aussi la nôtre et avec une journée de cours allégée et cinq matinées de classe au lieu de quatre, on progressera en ce sens, comme le montrent déjà certains témoignages d’enseignants, appliquant les nouveaux horaires dès 2013. Mais la «  baisse de niveau » déplorée par Monsieur Gounou est peut-être aussi due au fait que ses amis politiques ont supprimé 80 000 postes dans l’Education Nationale de 2002 à 2012 ; tout enseignant vous dira qu’il n’a pas tout à fait les mêmes pratiques avec 30 élèves qu’avec 25.

Le périscolaire doit être mieux financé.

Concernant le périscolaire,  les communes ne peuvent bien entendu supporter les coûts de la réforme à elles seules : la FCPE réclame donc depuis 2012 que le fond d’amorçage soit pérennisé sous une forme ou sous une autre. Mais les communes  ne peuvent s’exonérer du vrai choix : la priorité doit être le devenir de nos enfants. Doit-on continuer à construire des ronds-points ou financer les TAP ?Doit-on, comme dans certaine commune rurale du département, aménager un bureau flambant neuf pour le Maire dans une salle attenante à l’école ou dédier ce même local aux activités périscolaires ? Les autorités  départementales de l’Education Nationale avec le décret Hamon doivent-elles vraiment accepter que dans dix communes du département nos enfants aient encore deux journées de six heures de classe et que dans une dizaine d’autres, les TAP soient regroupés sur une demi-journée, laissant aux enfants huit demi-journées de classe , dont deux journées de six heures ? La réforme des rythmes scolaires est une bonne chose, même si elle n’est pas parfaite, et la FCPE restera vigilante sur les améliorations à apporter. Parmi celles-ci, un financement plus important du périscolaire par l’Etat et une meilleure prise en charge par certaines communes garantiront une véritable égalité pour nos enfants et pourront aussi être un gisement d’emplois et/ou une meilleure perspective de carrière pour les personnels communaux ? Il est grand temps que tout le monde se mette autour de la table, sans esprit partisan,  pour répondre aux besoins de nos enfants qui sont notre avenir.

 

Tweet about this on TwitterShare on Facebook0

Tags:

Laisser un commentaire

Pas de Commentaires

Laisser un commentaire

* Champs Requis
Votre E-Mail ne sera pas publié.
Votre commentaire doit être validé par un administrateur avant d'apparaître.