L’oeil d’André Gounou // Un Nobel d’économie, à quelques vaches près


Cocorico ! Deux Français viennent de recevoir le prestigieux prix Nobel, un en littérature, l’autre en économie. C’est toute la France, du simple citoyen jusqu’aux élites, qui se sent tout à coup fiers d’être français. C’est un phénomène bien connu que d’unifier un succès pour mieux se l’approprier collectivement. Tout d’un coup nos universités sont les meilleures du monde, nos chercheurs les plus savants jusqu’à nos responsables politiques dithyrambiques qui s’associent au succès et qui, pour autant, ne s’en feront pas un livre de chevet. C’est en fait le mérite individuel de personnes qui ne doivent leurs exploits qu’à leurs talents. Loin de moi l’envie de bouder le plaisir que deux Français soient ainsi mis sur la scène internationale pour de si nobles raisons. Toute proportion gardée, j’éprouve la même joie lorsque notre équipe de rugby agenaise emporte des victoires. Mais c’est vrai qu’un Français obtienne un prix Nobel d’économie est comme un pied de nez à notre situation. Cela a réveillé en moi ce que mon père, pragmatique, m’expliquait lorsque j’avais douze ans en matière de gestion économique basique. Il prenait l’exemple simple d’un couple qui élevait quatre vaches. Le produit de la vente du lait était divisé par deux en termes de revenu. Désirant alléger le travail de l’un d’eux, il fut envisagé de recruter un ouvrier agricole.

Pour une union nationale

Se posa alors la question de la rentabilité. Si on n’augmentait pas le cheptel, le revenu par personne devenait quasi nul. Si l’on achetait deux vaches supplémentaires on maintenait le revenu au niveau de celui du couple mais l’investissement ne produisait aucun gain, ni n’allégeait la charge de travail. Sauf à constituer un capital patrimonial, mais stérile. Pour obtenir quelques bénéfices supplémentaires il eût fallu doubler le nombre de vaches et le porter à huit. C’est-à-dire doubler le capital de base et réorganiser la gestion. Traduit en termes économiques, cela signifie qu’à un certain niveau de développement toute entreprise a un besoin d’accompagnement financier conforme à une étude de rentabilité. Cette démonstration est éclairante dans la mesure où un investissement insuffisant peut mettre en péril une entreprise. Pourtant c’est sur cette base de réflexion dite « de bon sens paysan » que les banques devraient accompagner notre développement économique en le boostant des moyens suffisants. Il faut qu’il soit adapté à une projection de rentabilité. Le CICE ne pourra pourvoir à cette exigence. Or, il est constaté que la peur du lendemain crée un phénomène de thésaurisation qui amplifie la frilosité de l’investisseur. La décision d’investir ou de ne pas le faire, est toujours une forme de pari sur l’avenir. Avec mon père la microéconomie c’est simple, avec Jean Tirol la macroéconomie c’est complexe. Je terminerai avec ces quelques propos de notre Nobel, Jean Tirol : « Je suis particulièrement choqué par les tensions qui existent entre les partis politiques français et entre les syndicats et le patronat. Quand une économie va mal, il est indispensable que, sur des grandes thématiques comme les retraites, le chômage ou le réchauffement climatique, le pays forme une union nationale. Le consensus ne sera pas total – il y aura toujours des débats mais il ne sert à rien de s’écharper sur ces sujets ».

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