L’oeil d’André Gounou // Le silence assourdissant d’une sourde colère


Des déclarations du Président de la République aux propositions de l’opposition, les citoyens observent avec tristesse un encéphalogramme politique désespérément plat. Notre société ne subit pas les effets d’une crise conjoncturelle mais d’une mutation profonde et irréversible. Cela requiert autre chose que des réformettes. Je voudrais tant que chacun comprenne afin de ne pas subir mais participe à l’élaboration de solutions inédites. Le faux diagnostic qui a été fait lors de la dernière élection présidentielle n’a débouché que sur une posologie médicamenteuse qui n’a aucune vertu curative. Chômage, décroissance, déflation, dette…

Le temps du partage

Entre le libéralisme et le collectivisme, il existe une autre voie, celle du partage solidaire. Un ordre moins égalitaire dans ses utopies que solidaire dans son humanité. Aujourd’hui, le libéralisme est à la mode; de partout, on vante les bienfaits de la concurrence; pour survivre face à la mondialisation, il faudrait abaisser les coûts, dégraisser, restructurer, éliminer les cartels et briser les ententes professionnelles. Le libéralisme génère l’étatisme. Pour les combattre tous deux, je prône cet ordre du partage solidaire, c’est-à-dire une organisation économique où des communautés naturelles mettent en valeur l’idée d’entraide, l’amour du travail bien fait, l’utilité de la formation professionnelle, la nécessité d’une discipline du métier, l’établissement de relations d’emploi selon des critères dépassant ceux du simple marché.

Le politique affaibli ?

L’objectif est la prospérité de l’économie à partir de relations sociales équilibrées. Malheureusement, la finance active aujourd’hui l’économie. Cette finance, fluide, mobile et volatile, aux prévisions insaisissables se déplace, crée des mouvements et cause de grands flux invisibles. Alors le politique dont la vocation est d’organiser et de développer une société y perd de ses prérogatives. Son pouvoir est diminué, transféré en dehors de sa sphère décisionnaire. Aujourd’hui face à la mondialisation, nous assistons impuissants à une agrégation des systèmes qui tend vers un unique stéréotype de société au profit de quelques maîtres du monde.

Le pouvoir sous contrôle 

Je propose un électrochoc avant que cette société ne soit moribonde. Il ne s’agit pas du grand soir. Il s’agit de conceptualiser progressivement notre organisation en permettant à tous les acteurs d’une communauté de production, de services, d’accéder aux décisions et de bénéficier directement des fruits de leurs investissements, financiers et travail associés. Au travers de la participation, de l’épargne salariale, des structures coopératives ou du concept autogestionnaire nous avons vécu des expériences embryonnaires d’un développement avorté par des pouvoirs récalcitrants. Qu’ils émanent du politique, du patronat ou des syndicats. Il y faut plus de volonté politique par des mesures d’incitation et d’encouragement. Il faut penser et construire de nouveaux référentiels. Nous avons besoin d’hommes et de femmes d’initiatives, d’audace et de courage. Les fractions et frictions que nous constatons au sein des partis politiques ne sont que les prémisses de l’émergence d’un nouvel ordre.

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