M. Reggiardo : « Agen a les moyens du Top 14 »


L’Hebdo : Comment s’est passé ce premier contact avec les joueurs ?
Mauricio Reggiardo : Je dirais que tout s’est déroulé très naturellement, dans la simplicité. Je me suis presque senti chez moi. J’étais vraiment à l’aise tout de suite.

L’Hebdo : Pourtant, votre arrivée a été plutôt compliquée avec la rumeur d’une signature de Christophe Hamacek avant un revirement de situation. Comment l’avez-vous vécu ?
M. R. : Me concernant, tout avait été très clair de la part des dirigeants. Nous avions eu des entretiens avec un délai pour prendre une décision. Je crois que le club n’a jamais dit autre chose officiellement. Je lis les journaux, comme tout le monde. Vous aviez peut-être d’autres sources avec une autre version. Quand il y a des bruits, ce n’est pas pour rien. Mais de mon côté, les délais ont été respectés. Ils ne m’ont jamais dit « on ne te prend pas » puis « on te prend ». Il n’y a jamais eu de double discours. C’est important de le préciser.

L’Hebdo : Le départ de Jean-Jacques Crenca avait été justifié par le besoin d’apporter de nouvelles méthodes. C’est quoi, exactement la méthode Reggiardo ?
M. R. : Beaucoup de rigueur, beaucoup de travail de la technique individuelle. Je suis assez patient pour corriger un joueur 150 fois s’il le faut. Je suis en revanche assez dur et strict quand les erreurs sont provoquées par manque de concentration ou de rigueur. L’assiduité, le respect, s’il vous plaît, merci, se montrer solidaire… sont des choses importantes à mes yeux. Je demande des efforts. Je ne parle pas de sacrifice car pour moi le rugby ce n’est pas un sacrifice, seulement des efforts. Je pense qu’on peut prendre du plaisir dans la rigueur.

L’Hebdo : Le comportement est donc plus important que le talent ?
M. R. : Pour plaquer, se lever et aller au soutien, il faut du talent ou de la volonté ? Est-ce qu’il faut du talent pour communiquer avec ses partenaires ? Je crois qu’il y a beaucoup de choses dans le rugby pour lesquelles il ne faut pas de talent. En étant très bon dans tous ces domaines, tu peux être champion. J’ai connu de nombreux joueurs très doués ne pas réussir et des moins talentueux faire une grande carrière. L’idéal étant quand même de combiner les deux.

L’Hebdo : Qu’en est-il de votre relation avec les joueurs ?
M. R. : Je suis un bon vivant. Il y a des moments pour être sérieux et travailler mais il y a aussi des moments pour blaguer, rigoler, des moments pour boire une bière tous ensemble. Tout ça fait partie du rugby. J’ai toujours été proche de mes joueurs, j’ai une relation d’affect avec eux. Je ne vais pas dire que je les aime mais j’ai beaucoup d’affection pour eux. Ce qui ne m’empêche pas de dire les choses et d’être très dur quand il faut. C’est rare que je gueule (sic), un regard est parfois plus dur que des mots, mais quand je le fais, ce n’est pas pour rien. Et quand je me trompe, je n’ai pas peur de demander pardon. J’essaie de mettre mon ego au service de l’équipe.

L’Hebdo : Alain Tingaud a déclaré que Mathieu Blin allait « prendre de la hauteur ». Vous avez été nommé « entraîneur en chef, en charge des avants ». Quel sera votre rôle exactement ?
M. R. : On a passé un bon moment avec Mathieu (Blin) et Stéphane (Prosper) pour clarifier le rôle de chacun. C’est très simple : je vais m’occuper des avants, du collectif des premières, secondes et troisièmes lignes et de la défense d’équipe. Stephane va s’occuper des autres joueurs, de l’attaque, du jeu de lignes. Je ferai la compo devant, Stéphane derrière, tout ça balisé pour Mathieu Blin. Mathieu fera le « Captain Run » et sera en tribune pour les matchs. C’est lui le chef, c’est le manager. Mais on fonctionne à trois avec le même objectif : le meilleur pour Agen. Tout est très carré. On sait qui va parler à la mi-temps, qui va parler après le match. On a passé beaucoup de temps pour définir cette organisation, trouver la meilleure formule.

L’Hebdo : Au niveau des avants, quels seront les principaux axes de travail ?
M. R. : Je crois qu’aujourd’hui, même si on n’est pas supporter d’Agen, on regarde le match car c’est joli à voir. Le SUA joue un beau rugby et marque beaucoup d’essais. Malheureusement, il en prend trop. Je crois qu’avoir une attaque bien installée n’empêche pas d’avoir une bonne défense, une bonne mêlée, une bonne touche. Si la conquête s’améliore, on aura encore plus de ballons pour bien jouer. Et je pense que la plus grosse marge de progression se situe dans les rucks.

L’Hebdo : On conserve donc la même exigence qu’en Top 14 ?
M. R. : Cette saison, vous allez beaucoup entendre les entraîneurs parler d’efficience, plutôt que d’efficacité. Si on nettoie un ruck avec cinq joueurs pour ressortir le ballon en trois secondes, on est efficace. Si on le fait avec deux joueurs, on est efficient. Autre exemple, en mêlée, la biomécanique préconise d’avoir le tibia parallèle au sol avec un angle de poussée de 105 degrés (il se lève et mime une mêlée, ndlr). Il faut aller vers ça, et on travaillera autant qu’il faudra pour y parvenir. Ce sera le cas pour toutes les facettes du jeu. Notre rôle sera d’abord de le faire comprendre les joueurs, puis travailler le nécessaire. L’efficience, c’est atteindre l’efficacité avec un minimum d’efforts. L’engagement physique à l’excès, ça finit par épuiser le groupe et ça se répercute dans les résultats. Beaucoup de matchs d’Agen se sont joués à rien. Une fois ou deux, on pourrait parler d’accidents mais quand ça se répète aussi souvent, ce n’est pas un hasard. C’est cette maîtrise technique des détails qui fait la différence au plus haut niveau. Les joueurs sont des professionnels, Agen a les moyens et les infrastructures d’un club de Top 14, l’une des meilleures formations de jeunes et le projet est très ambitieux. Il faut de l’homogénéité dans un club et Agen a ça. 

Propos recueillis par Dimitri Laleuf

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