Mai de la photo // Clergue ou l’instinct de l’art photographique


Le musée de Gajac va vivre quatre mois en noir et blanc, aux couleurs de Lucien Clergue. Le photographe arlésien est l’artiste vedette de ce Mai de la photo 2015 et occupe les deux salles d’exposition temporaires du musée villeneuvois. Il fallait bien ça pour accueillir comme il se doit l’oeuvre marquante de ce photographe autodidacte qui a élevé la photo au rang de huitième art en France : « Cette exposition montre assez bien l’évolution de Lucien Clergue au fil des années » explique Hélène Lagès. « Dans la petite salle, nous avons accroché ses premiers clichés, réalisés à l’âge de 18 ans, à ses débuts, en total instinct ».

Car la particularité de Lucien Clergue est bien de n’être jamais passé par une quelconque école et d’avoir cultivé un oeil particulier en écoutant sa seule inspiration : « Un état d’esprit que beaucoup lui ont longtemps reproché en appuyant sur les erreurs techniques que contiennent ses photos ».

Durant toute sa carrière, Lucien Clergue a également immortalisé sa terre d’origine, la Camargue : « Il a commencé par la communauté gitane et ses enfants, puis s’est penche sur la tauromachie pour finir par ses célèbres nus et son langage des sables » raconte Hélène Lagès.

Thèse sur le sable

Lucien Clergue a toujours eu également l’audace d’aller à la rencontre de ses maîtres. Ainsi, il enclenche le début de sa carrière en allant saluer Picasso dans les arènes d’Arles, tout en lui montrant l’une de ses photos : « Picasso a été amusé par ce gamin de 18 ans, sans complexe, venu lui montrer ses photos amateur mais néanmoins talentueuses. Il lui demande alors de lui montrer plus de photos, des photos qu’il n’avait pas en stock ». Lucien Clergue fait alors sa première série sur les enfants du cirque directement inspirée d’un tableau du maître dont certaines sont sur les murs de Gajac. Picasso lui présente par la suite Cocteau qui va, également, mettre en lumière le travail de Clergue, notamment en l’autorisant à filmer le tournage de son film « Le testament d’Orphée ». Ce documentaire est en projection sur un des murs de l’exposition.

Lucien Clergue assoit sa renommée avec des nus bien loin des clichés académiques de son époque, inspirés des statues antiques du musée d’Arles. Ces portions de corps mêlés au sable font sa marque de fabrique. Et forment l’essentiel de l’exposition de Gajac : « Il va atteindre la reconnaissance ultime pour lui quand il va développer une thèse sur le langage des sables, en université, en présence de Roland Barthes. « Lui l’autodidacte devient thésard » ajoute Hélène Lagès. Une thèse filmée que l’on peut découvrir à l’exposition. Lucien Clergue est surtout parvenu, en fondant le musée Réattu à Arles, à faire de la photographie un art à part entière en France. Réattu est aujourd’hui reconnu internationalement. Après Gajac, Lucien Clergue sera l’objet d’une rétrospective au Musée Orsay à Paris.   

Annabel Perrin

Et aussi // Denis Rouvre, portraitiste

Le chapelle des Pénitents accueille la deuxième tête d’affiche de ce Mai de la photo, alias Denis Rouvre. L’exposition, consacrée à son oeuvre, est sous forme d’une vidéo-projection. Ce portraitiste reconnu a monté un projet montrant non seulement les visages mais également d’entendre les paroles des personnes rencontrées et questionnées sur la notion d’identité, lors d’un périple d’une année en France entre 2013 et 2014. Denis Rouvre a été publié dans de nombreux magazines et journaux français mais également au New-York Times. Il a également reçu de le World press photo en 2012 et 2013.

Infos pratiques

L’exposition « Les Clergue d’Arles » se déroule jusqu’au 30 août au Musée de Gajac. Vernissage le jeudi 30 avril à partir de 18h30 avec un concert d’un trio de jazz manouche.

L’exposition « Des Français… Identités, territoires de l’intime » de Denis Rouvre à la Chapelle des Pénitents, jusqu’au 30 mai. Vernissage le jeudi 30 avril au Musée de Gajac à 21h30.

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