Maire « new génération »


« A 12 ans déjà, j’embêtais le maire de ma commune avec des projets que j’avais élaborés »

Sophie Gargowitsch n’aime pas les sentiers battus et apprécie de prendre les chemins de traverse pour mener sa vie. A 37 ans, elle est une des rares femmes du département à endosser le rôle de premier magistrat d’une commune rurale. Blanquefort-sur-Briolance l’a en effet élue à la tête de ses 500 habitants, et au premier tour : « J’en ai été la première surprise » remarque Sophie Gargowitsch. « Surtout après la campagne âpre et difficile que nous avions, moi et mon équipe, vécue ». Mais il en fallait plus pour démonter cette Fuméloise qui a plutôt tendance à affronter l’adversité que faire le dos rond. Aussi loin qu’elle s’en souvienne, Sophie Gargowitsch voulait changer le monde… Enfin son monde, celui de son enfance passée sur les terres familiales du côté de la Brame, lieu dit non loin de Blanquefort-sur-Briolance. A l’époque, la petite Sophie menait déjà des projets qu’elle venait défendre dans le bureau du maire de Saint-Front-sur-Lémance : « Raymond Martinet… Je venais l’embêter tous les samedis avec mes idées. Mais il ne m’a jamais fermé la porte ». Et pour pleinement s’investir, la jeune Sophie, née de parents portugais, demande sa naturalisation à 16 ans : « Ce fut une immense fierté et un honneur de l’obtenir ».

Vers la mairie

Étudiante, Sophie Gargowitsch milite au sein des jeunes socialistes qu’elle quitte bientôt : « Car si j’adhère à certaines de leurs idées, d’autres ne me conviennent pas. J’ai alors repris ma liberté ». Qu’elle ne lâchera plus, évitant depuis tout encartement politique. Puis elle part voir du pays, traverse la Manche puis l’Atlantique, obtient  quelques diplômes et rentre en France par amour.

Ses trente ans marque un cap dans sa vie. Victime d’un AVC, elle change de profession, passant d’un bureau notarial à la sophrologie et l’enseignement. Elle installe son cabinet là où elle a toujours ses racines, à Blanquefort-sur-Briolance. Et c’est tout naturellement ou presque qu’elle devient conseillère municipale auprès de Pierre Mesqui. Elle se frotte alors à la vie municipale.  Et sa forte personnalité convainc le premier magistrat de lui laisser les rênes en 2014, alors qu’il décide de ne pas repartir après 13 ans de mandature : « J’ai réfléchi huit mois. Je savais que la fonction était chronophage. J’ai pensé à ce que serait alors mes rôles de mère et d’épouse. Mais j’ai l’action politique aux tripes. Ma famille le sait… »

Un maire hors norme

Sophie Gargowitsch élabore alors une liste et surtout un projet municipal qui devait « faire bien avec peu car je savais que les dotations étatiques allaient baisser ». Elle défend alors ses idées de partage et de développement local. Sous son impulsion, Blanquefort-sur-Briolance devient commune pilote sur de nombreux projets : la commune se déclare zone hors Tafta, est l’une des premières dans le département à lancer une campagne d’adoption de poules gasconnes, race en voie d’extinction, et vient tout juste de devenir la première municipalité de France à adopter une monnaie locale : « C’est vrai que sur ce point-là nous avons ouvert une brèche. Ce ne fut d’ailleurs pas facile administrativement. Ma secrétaire de mairie et moi, on a bataillé longuement. Toutes ces longueurs administratives, qu’est-ce que cela peut m’agacer parfois ».

L’apprentissage de la fonction

Présente derrière son bureau tous les jours, Sophie Gargowitsch ne compte pas ses heures et a d’emblée arrêté toute autre activité professionnelle : « Travailler en même temps… Certains y parviennent, moi pas… Je dois être nulle » ajoute-t-elle en souriant. Il faut dire que madame la maire n’a à son service que quatre salariés dont une seule employée de mairie. Sophie Gargowistch est même de corvée de courses pour la cantine tous les mercredis matins : « La commune n’a pas les moyens d’augmenter les horaires de la cantinière pour qu’elle le fasse. Et au moins, je sais ce que les enfants de Blanquefort mangent tous les midis… » En aparté, elle avoue parfois prendre sur ses deniers d’indemnités d’élu pour améliorer les menus : « Je ne devrais pas vous le dire, mon mari n’est pas au courant. Je considère que cet argent n’est pas le mien mais celui de mes administrés ». Un sacerdoce la fonction de maire ? Sophie Gargowitsch assure que non. Elle aime ça : « C’est vrai, j’aime être sur le terrain pour me rendre compte des choses par moi-même. Être maire m’a demandé un travail sur moi, apprendre à relativiser sur les critiques que l’on pouvait m’adresser, apprendre à poser mes priorités aussi. Je n’ai aucun regret à être là ». Sans aucune autre ambition que de suivre ses convictions politiques toutes personnelles, hors de toute considération politicienne.

Annabel Perrin

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