Maison Jean-Bru : vingt ans au service des jeunes filles abusées


Voilà vingt ans que la maison Jean-Bru est le phare auquel se raccroche les jeunes filles de toute la France. Plus d’une centaine sont passées entre ses murs après avoir été victimes de ce que la dénomination administrative appelle « des violences intra-familiales » ou, plus prosaïquement dit, l’inceste. « Elle viennent de toute la France, explique la chef de service, Marie-Anne Lousteau, et sont âgées entre 14 et 20 ans. » Elles y restent en moyenne trois ans, « le temps nécessaire pour apprendre à vivre avec le traumatisme normalement. On n’est pas des magiciens, on ne leur fait pas oublier mais on leur donne les armes pour se recontruire, être autonomes, indépendantes et ouvertes intellectuellement et socialement ». C’est là toute la spécificité de la Maison. Ici, les jeunes filles ne sont pas des victimes. « Elles l’ont été, maintenant on les dévictimise », reprend Marie-Anne Lousteau.

Évolution de la prise en charge

Reprendre confiance en soi, retourner à l’école, s’inscrire dans un club de sport : le tryptique « thérapeutique, éducatif et loisirs » est appliqué à la lettre. Bien plus qu’un centre de soins (« elles ne sont pas malades »), la maison Jean-Bru est avant tout un lieu pour « reprendre goût à la vie ». L’équipe d’éducateurs spécialisés et d’assistantes sociales écoute les jeunes filles que la justice (ou plus rarement la famille) leur envoie. Elles sont ensuite intégrées à la communauté, directement à l’internat, comme 19 d’entre elles aujourd’hui, ou sur les appartements que gèrent l’association. Un retour à la vie en communauté qui n’a rien d’évident quand le traumatisme vécu a pu se produire entre quatre murs. En deux décennies, la prise en charge a évolué, « on tend vers plus de psychiatrie », précise Marie-Anne Lousteau. L’équipe a également appris à travailler avec la famille, « aux filles de voir après si elles veulent conserver un lien ou pas ».

Un film, un débat et des officiels pour les 20 ans

Le lien, c’est justement ce que l’équipe de la Maison Jean-Bru essaie de tisser entre toutes les jeunes filles franchissant ses portes. Tout comme le lien qu’entretient la créatrice de l’association des Docteurs Bru qui gère la Maison. Le docteur Nicole Bru, fondatrice d’UPSA, est à l’origine de la structure. Elle l’a créée « pour venir en aide aux enfants, faire du bien ». Une philanthropie qui est toujours d’actualité, en témoigne son rôle toujours actif et sa venue, samedi, en présence d’officiels pour fêter les 20 ans de la structure. Une journée qui sera précédée d’une soirée aux Montreurs d’Images avec la projection du film Map to the stars et d’un débat avec les acteurs de la protection de la petite enfance.

Gauvain Peleau-Barreyre

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