Mamoon, l’art de dénoncer les injustices féminines


Metteur en scène, réalisatrice, peintre et photographe, Catherine Babin, alias Mamoon, est une artiste à temps plein et à l’univers hétéroclite. Cette Astaffortaise de 55 ans, née à Paris, est une créative dans l’âme qui a toujours eu l’art dans la sang. Pourtant, durant son enfance, ses parents l’avaient volontairement désinscrite de ses cours particuliers de peinture pour « ne pas faire de différences avec ses frères et soeurs », moins doués avec un pinceau entre les mains. « J’ai commencé à peindre dès l’âge de 4 ans, se souvient-elle. La peinture est une vocation pour moi car j’ai toujours aimé la couleur. J’étais admirative des tableaux de Monet ou Van Gogh. Depuis toute petite, j’ai sans cesse un crayon entre les mains pour dessiner mes proches. Il y a des tableaux de mes enfants un peu partout dans la maison. » Aujourd’hui, Mamoon est sortie des sentiers battus et se présente comme une artiste d’action. « Je ne peins pas pour faire joli dans les salons mais pour faire passer des messages et mettre des mots sur certains sujets tabous » explique l’intéressée. Metteur en scène de son humoriste de mari, Jean-Pierre Dupin, pendant trente ans, elle a fait le choix de s’accorder plus de temps pour se créer son propre univers autour de la réalisation et de la peinture. Féministe assumée, Mamoon a choisie de parler des réalités cachées en dénonçant les injustices faites aux femmes. « Un sujet, malheureusement et heureusement, de plus en plus en vogue grâce aux réseaux sociaux » note-t-elle.

L’arme pacifique de l’art

Actuellement en pleine écriture d’un film, Mamoon voyage aux quatre coins du monde pour recueillir les témoignages de féministes engagées venant d’horizons différents. Elle rentre du Maroc où elle a rencontré la Franco-Algérienne Zoulikha Bouabdellah « qui représente le Maghreb dans toute sa splendeur » dixit la réalisatrice, qui a également recueilli le témoignage de la jeune artiste d’origine iranienne Kubra Khadem. « En cherchant de l’imagerie pour réaliser ma fresque murale, je me suis aperçue qu’il y avait énormément de femmes comme moi qui utilisaient l’art en tant qu’arme pacifique pour parler de leurs conditions de vie. J’ai voulu les mettre en lumière et comparer leurs messages et leurs cultures » souligne-t-elle. Des hommes, écrivains ou philosophes, comme Hicham Houdaïf, auteur du livre « Dos de femmes, dos de mulet », ont également accepté de livrer leur regard sur l’émancipation de la femme.

Dans les prochains mois, elle continuera son tour du monde qui l’amènera notamment au Vietnam, au Mexique, au Brésil, au Canada ou en Suède, à la recherche de paroles qui ont du sens. « L’essence même de mon travail c’est le partage d’idées et les échanges qui découlent de ces rencontres souvent très fortes en émotion » ajoute cette mère de trois filles. En parallèle, cette artiste à temps complet prépare, depuis deux ans, un spectacle, toujours sur le thème de la femme, qui s’appellera Les Filles de l’Art aux côtés d’une danseuse et d’une chanteuse. Cette performance artistique militante promet d’être originale et colorée, à l’image de l’univers éclectique de Mamoon. « En France, même s’il reste encore beaucoup de choses à régler, nous avons la possibilité de parler des injustices faites aux femmes. C’est une chance incroyable car c’est loin d’être le cas partout dans le monde » conclut cette artiste au grand cœur qui colle sans cesse cinq mots à la condition féminine : liberté, dignité, égalité, sécurité, intégrité.

Simon Galinier


Mamoon expose aux Montreurs d’images

Après ses patchworkris exposés l’an passé au cinéma Les Montreurs d’images, Mamoon expose ses photographies dans cette même salle, à partir de ce vendredi 1er décembre et jusqu’au 2 janvier prochain. Des clichés d’Omar Hasan, ancien rugbyman du SUA et actuel chanteur d’art lyrique et de tango, de Natacha Atlas, auteure-compositrice-interprète belge d’origine égypto-anglaise ou encore de Lounja Charif, auteure du livre La Maghrébine décrivant la vie d’une femme musulmane, autodidacte, progressiste. « La photo est l’un de mes premiers amours, explique Mamoon. C’est mon père qui travaillait chez Agfa-Gevaert qui m’a transmis cette passsion. »  Le vernissage de l’exposition a lieu ce vendredi à 18h30.

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