Mauricio Reggiardo : « On a été le contraire d’efficient »


L’Hebdo : J’imagine que ça ne s’est pas passé comme vous l’espériez.
Mauricio Reggiardo : Dans le contenu, je crois qu’il y a une partie intéressante. A la mi-temps, ça tourne à 13-8 pour eux, avec onze points manqués au pied dont une pénalité pas impossible pour un buteur. Ce qui aurait fait 13-11. On était dans les clous. Il nous fallait une conquête correcte. Ça a été le cas.

L’Hebdo : Il y a trois mêlées sanctionnées quand même…
M. R. : En fin de match (ndlr, deux l’ont été en première mi-temps). Idem pour les touches. C’est dans les quinze dernières minutes que l’on perd deux lancés d’affilée. A la 55e, on est encore à 20-11. On est toujours dans le match. C’est à partir du moment où l’on prend ce troisième essai que les choses basculent. C’est un match que l’on pouvait gagner, sans être prétentieux. A la sortie, le score est ridicule. On savait que ce serait dur mais ça n’a pas été dur là où on le pensait. On s’attendait à une équipe qui allait beaucoup jouer, ils nous ont laissé tous les ballons en première mi-temps. On n’a pas su l’exploiter. Et quand tu es mené au score après, tu es obligé de faire certains choix pour marquer un essai au lieu de prendre trois points.

L’Hebdo : En Top 14, on pouvait comprendre de telles défaites. Là, ce devrait être à Agen de faire mal sur chaque temps fort. En l’occurrence, c’est ce qu’a réussi à faire Béziers.
M. R. : En première mi-temps, ils viennent dans notre camp et ils marquent. En seconde, ils concrétisent des turnovers.

L’Hebdo : Mais ils marquent.
M. R. : Depuis le début de l’année, on parle d’efficience. Avoir le maximum de résultats pour un minimum d’efforts. Dimanche, on a fait tout l’inverse. Je ne sais pas s’il y a un mot pour décrire le parfait contraire d’efficient, mais c’est ce qu’on a été. Les équipes qui gagnent en déplacement sont pragmatiques. A mon goût, on a voulu trop jouer pour faire un résultat. On n’a pas fait un match intelligent à l’extérieur.

L’Hebdo : Quelle en est la raison ? Est-ce un accident sur un seul match ou le signe qu’Agen n’est pas encore prêt ?
M. R. : On ne sait pas gérer les temps forts. L’an dernier, c’était déjà beaucoup le cas avec beaucoup de matchs perdus pour ces raisons. C’est le signe d’une équipe jeune. Il faut grandir, et pour cela, vivre ces situations. J’aime bien les avertissements sans frais. Là, on paye cher pour apprendre. Mais s’il faut passer par là… Il faudra simplement ne plus commettre les mêmes erreurs.

L’Hebdo : Passons à la rencontre de ce week-end. Au printemps dernier, quand les rumeurs sur le futur entraîneur des avants du SUA allaient bon train, vous aviez déclaré vouloir rester à Albi jusqu’au terme de votre contrat. Vous êtes finalement parti à Agen. Recevoir votre ancienne équipe après ce tumulte sera forcément un moment particulier.
M. R. : C’est un club auquel je dois beaucoup parce que j’y ai beaucoup appris. C’était une période d’apprentissage. J’ai commis beaucoup d’erreurs et je pense ne pas être assez bête pour ne pas les répéter. Je n’ai pas de dette envers le SCA mais je suis reconnaissant car ça été très formateur. C’était la première fois que je vivais une saison complète avec un club professionnel. Entraîner en sélection n’est pas du tout pareil, et les piges que j’ai pu faire comme à Castres ne portaient que sur quelques mois. A Albi, c’était du premier jusqu’au dernier jour de la saison. Je suis parti, comme certains couples font le choix de divorcer tout en gardant de bonnes relations.

L’Hebdo : C’est le cas avec Albi ?
M. R. : C’est le cas avec le président. On n’était pas faits pour travailler ensemble. Ça arrive. On avait une manière différente de voir le rugby, une manière différente de voir la vie. On a trouvé une solution pour bien finir. Ce n’est d’ailleurs qu’à partir de la conférence de presse pour annoncer mon départ qu’on a eu une bonne relation. Aujourd’hui, on a de bons rapports parce qu’on ne travaille plus ensemble. Aujourd’hui, je ne suis plus concerné par Albi, je suis pleinement à Agen. Je serai très content de retrouver les joueurs avec qui j’ai vécu de vraies histoires d’hommes et quelques membres du staff avec lesquels je suis toujours en contact. On se verra après le match car j’ai d’abord envie de gagner. En les quittant, je leur ai dit que je leur souhaitais 28 victoires et 2 défaites cette saison. Je vous laisse deviner contre qui. Affronter ses anciennes équipes fait partie du rugby pro. C’est comme ça, il ne faut pas s’en émouvoir.

L’Hebdo : Cette équipe semble moins forte que Béziers.
M. R. : On les a joué il y a quinze jours. Je ne sais pas si c’est moins fort. Individuellement des joueurs comme Kirkpatrick, Desroches, Damiani ou Naqiri sont très bons. C’est peut-être moins huilé que Béziers avec un nouveau staff en place. Le jeu sera complètement différent. Béziers proposait un jeu de mouvement tandis qu’Albi recherche plus l’affrontement direct avec une grosse intensité physique, du jeu à une ou deux passes, du contact, des offloads. On connaît leurs faiblesses, notamment en mêlée fermée, surtout avec le départ de Malik Hamadache et la suspension de Beka Sheklashvili. On va tenter de l’exploiter. Si derrière on parvient à les défier en un contre un, le match peut basculer de notre côté.

L’Hebdo : Est-ce un type d’équipe qui correspond bien au jeu d’Agen ou au contraire qui ne lui réussit pas ?
M. R. : Si je me souviens bien, cela avait déjà été compliqué contre Albi à Armandie l’année de la montée. C’est dur à jouer. Mais sans leur manquer de respect, on est Agen. Ce n’est pas pour rien que nous jouons les deux premières journées de championnat le dimanche à 14h15. C’est un club avec une histoire, qui vient de descendre de Top 14, avec de la continuité dans l’effectif et un très beau projet. Il faut assumer. On a de la pression, plus de pression qu’Albi. S’ils perdent à Agen, ce n’est pas une catastrophe. Alors que nous, on a l’obligation de gagner. Maintenant. Il faut transformer cette pression en motivation. Si ça nous paralyse, c’est que nous sommes des petits joueurs, que nous n’avons pas les épaules pour assumer. 

Dimitri Laleuf

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