Médecin en guerre contre le désert médical


Francis Cazeils refuse de baisser les bras. Depuis un an, il recule son départ à la retraite, faute de successeur. Ce médecin généraliste a donc décidé de présider un collectif contre la désertification médicale en Villeneuvois. La tâche est ardue puisque dans les trois ans qui viennent, 20 médecins de la Vallée du Lot vont devoir être remplacés. Or, les candidats à la reprise des cabinets frappent par leur absence : « Depuis un an, j’ai écrit partout, à l’ordre des médecins, dans les facultés, y compris en Espagne ou en Roumanie. Peine perdue. Je n’ai eu aucune réponse ».
Mardi soir dernier, le collectif qu’il préside organisait un colloque sur le sujet à la Maison de la vie associative. L’initiative a fait salle comble avec médecins, élus et patients inquiets : « Nous sommes tous solidaires pour tenter de renverser la situation » souligne Francis Cazeils.

Les freins à l’installation
Une situation due à des problèmes bien identifiés. Des problèmes nationaux tout d’abord selon le médecin traitant : « Nous sommes assaillis de paperasse administrative à remplir en tant que profession libérale, une paperasse qui décourage les plus motivés sur une activité déjà lourde en terme d’horaires. Les jeunes médecins préfèrent aujourd’hui être salariés. C’est à l’État d’agir. Il en a le devoir car il est inscrit dans la loi que la santé doit être accessible à tous et de manière égale. » Le problème est également local avec un territoire peu attractif, notamment pour le conjoint du médecin en terme d’offres d’emploi : «  C’est un frein important. On le sait, certaines zones en France sont surmédicalisées, comme de grosses agglomérations, avec des praticiens qui gagnent à peine le Smic mais qui ont un conjoint gagnant très bien sa vie. Ici, c’est compliqué ».
Francis Cazeils ne nie pas les efforts des collectivités locales pour tenter de freiner la désertification médicale.

Idées de solutions
Les Maisons médicales sont censées ainsi être des oasis attirant de nouveaux praticiens. Mais Francis Cazeils n’y croit guère : « La Maison médicale, j’en occupe une depuis 1989, créée à mon initiative et de celle de mon associé. Cela n’empêche pas que je ne trouve personne pour reprendre mon cabinet ». Lui préfère citer des initiatives isolées comme ces villages qui salarient leur médecin ou qui financent les études d’un futur docteur en échange de son installation sur leur territoire. Francis Cazeils souligne également le manque de communication interne dans le milieu médical : « Ce serait bien qu’une forme de plateforme soit créée, à l’image des mutations au sein de l’Education nationale, où seraient répertoriés les offrants et les demandeurs ». En attendant, Francis Cazeils s’est donné trois mois encore pour dénicher son successeur : « Sinon, que vais-je pouvoir faire ? Jeter mon matériel médical à la poubelle ? » lance t-il avec dépit.

Annabel Perrin

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