Menaces d’expulsion sur des lycéens sans-papiers


«En Lot-et-Garonne, nous n’avons jamais laissé personne partir par la force… Ce n’est pas aujourd’hui que cela va commencer. » Tel était le cri du coeur des membres du  Réseau éducation sans frontière (RESF), ce mercredi, dans leurs locaux alors que Dalipduce et Ibrahim, jeunes majeurs sous le coup d’une injonction à quitter le territoire, venaient se faire connaître à visage découvert. Actuellement, quatre d’entre eux ont reçu cette fameuse Obligation de quitter le territoire français (OQTF) le 24 décembre dernier. Un courrier de Noël qui les a assommés…
Car pour Ibrahim, Dalipduce, Imran et Silly, leur demande de titre de séjour ne devait être qu’une simple formalité administrative. Depuis deux ans qu’ils sont arrivés en France, puis en Lot-et-Garonne, ils sont scolarisés dans les lycées professionnels de Sainte-Livrade, Villeneuve-sur-Lot ou Agen… Et font actuellement un contrat d’apprentissage de deux ans dans une entreprise locale… Avec, semble-t-il, une motivation et des réussites scolaires qui rendent fiers leurs professeurs : « En l’espace de deux ans, ils ont assimilé non seulement la langue française, mais sont parmi les meilleurs de leurs classes respectives dans des secteurs d’activité où la main d’oeuvre manque » souligne Laurent Bruneau, leur avocat. Ibrahim et Silly ont même intégré des clubs sportifs : le club de basket de Grandfonds, bien content de compter dans ses rangs Ibrahim au poste de pivot, et le club de lutte qui voit en Silly, l’un des espoirs du département.
Des atouts qui n’ont pas pesé dans les décisions administratives pour les garçons originaires du Mali, d’Albanie et du Pakistan…

Incohérence de l’État
Car ces quatre jeunes adultes sont arrivés clandestinement un peu trop tard… En effet, ils ont franchi les frontières de manière illégale à l’âge de 16 ans : « L’État a l’obligation de prendre en charge les mineurs… C’est pour cette raison qu’ils sont aujourd’hui scolarisés et placés dans des foyers » explique Laurent Bruneau. « Mais à partir de 18 ans, la donne n’est plus la même. Et être depuis deux ans seulement en France, sans attaches familiales ou de biens, est l’argument de l’État pour les renvoyer chez eux… Une attitude administrative illogique qui finance des études sans permettre aux étudiants concernés de les terminer ! »
Laurent Bruneau réclame donc au tribunal administratif de regarder de plus près les dossiers, et à la préfecture de faire du cas par cas : « Car la décision dépend du préfet ».
En attendant les audiences au tribunal administratif en avril, RESF est bien décidé à peser sur la balance. Une  première manifestation de soutien a été organisée devant la sous-préfecture ce mardi… Un mouvement qui ramène le collectif cinq ans en arrière et où il avait eu gain de cause…

Annabel  Perrin

7 000 euros pour venir du Mali

Le parcours d’Ibrahim, originaire du Mali, est un cas typique. Le jeune homme est arrivé en France après avoir déboursé 7 000 euros demandés par le passeur, dérobés en partie à sa mère. Il est arrivé seul sur Paris en mars 2014, hébergé un temps chez un demi-frère. Il est alors pris en charge par l’État français en tant que mineur isolé, après un examen osseux destiné à certifier qu’il était âgé de moins de 18 ans. Puis, il est envoyé en Lot-et-Garonne pour être scolarisé et accueilli dans un foyer d’hébergement, conformément aux nouvelles dispositions de l’État qui a choisi de dispatcher sur l’ensemble du territoire les mineurs isolés clandestins.

Depuis un an, Ibrahim vit en foyer de jeunes travailleurs et suit un apprentissage de deux ans en plomberie.

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