Migrants : l’envie de vivre comme une famille normale


Les sourires ne quittent pas leurs visages. Dans leur appartement, un T2 d’une petite résidence agenaise, Darwin, Lara et leur fils Steve reconstruisent enfin leur vie. Il y a encore quelques mois, ils étaient à Calais, en Allemagne, en Hongrie, en Grèce, ou en Turquie. Autant de pays traversés pour fuir leur Kurdistan irakien natal où ils avaient pourtant une bonne situation. « Je suis né musulman, j’ai été éduqué dans la religion mais je me suis éloigné de tout ça. Et il est très difficile de vivre en tant qu’athée dans cet environnement », explique Darwin, ingénieur du son de 37 ans et musicien traditionnel à ses heures. Le contexte n’était pas plus favorable pour son épouse, 32 ans, sculptrice et enseignante après des études dans les Beaux-arts locaux. « C’était une situation mal acceptée là-bas, perçue comme un blasphème », explique-t-il. La peur pesant de plus en plus sur l’avenir de leur fils de quatre ans, ils ont fait le choix difficile de l’exil en janvier 2016. Après avoir rejoint Istanbul dans les règles, il fallait pouvoir entrer Europe, « illégalement ». Les tarifs pour traverser la mer Egée sont exorbitants : « 5 000 dollars par adultes, 2 500 pour Steve ». La suite n’en était pas moins éprouvante. « Notre pire souvenir, c’est à la frontière serbo-hongroise. Les conditions étaient terribles avec le froid, la pluie. Je craignais pour Steve. Et c’est en Hongrie que l’on a ressenti le racisme pour la première fois », détaille Darwin. Son expérience comme bénévole dans des associations humanitaires en Irak et son aisance dans la langue de Shakespeare ont toutefois évité à sa famille quelques désagréments. Restait à trouver un pays enclin à les accueillir : « On était prêts à aller n’importe où du moment que l’on se sentait les bienvenus ». Le portrait qui leur avait été dressé de la France n’en faisait pas leur destination  prioritaire. Cependant, leur prise en charge dans l’Hexagone a rapidement tordu le cou à leurs a priori. « Les Français sont très accueillants », confirme-t-il. Après cinq jours passés dans la « jungle », la famille a été évacuée vers le Lot-et-Garonne en avril dernier. « Ils sont maintenant sous la protection de l’Etat français avec le statut de réfugiés. Il a été reconnu qu’ils seraient en danger en retournant dans leur pays », précise Florence Carlet, directrice du Centre d’accueil pour demandeurs d’asile (Cada).

Une famille dispersée

Steve est scolarisé en maternelle et apprend le français à vitesse grand V. Pour ses parents, « c’est un peu plus long » même si les formules de politesses sont parfaitement assimilées et distillées sans retenue. « Pour l’instant, nous ne cherchons pas de travail, il nous faut d’abord maîtriser la langue », souligne le père de famille qui espère un jour travailler pour la télévision française. Lara, quant à elle, essaie déjà de retrouver sa vie d’artiste. Leur intégration se fait naturellement. Au point de vibrer pour les exploits des Bleus au dernier Euro de football et de maudire la victoire portugaise au même titre que de nombreux Agenais voisins. « Je voudrais dire à ceux qui viennent trouver asile en France de ne pas venir en voulant imposer la religion. C’est à nous de nous adapter au pays qui nous accueille », lance Darwin avant de s’adresser aux Etats. « Il ne faut pas parquer les réfugiés tous au même endroit. Ils faut les disséminer pour les forcer à s’intégrer. » Quitte à rester éloigné d’une partie de son entourage. La famille du couple est en effet dispersée entre l’Angleterre, l’Allemagne, les Etats-Unis, la Suède et l’Irak, « en attendant de possibles retrouvailles un peu plus tard », disent-ils toujours avec le même sourire radieux. Dans le même immeuble, Mounir, un jeune ingénieur mécanique afghan de 24 ans, se montre moins affable. Son épouse a péri dans les conflits. Mais il montre la même détermination à « vivre de nouveau ». Pour eux comme pour les autres, l’exil n’était pas un choix, mais une question de survie.

Dimitri Laleuf

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