Politique culturelle : qui va piano, va sano ?


C’est dans l’ancienne salle des Montreurs d’images que la municipalité avait décidé de réunir les acteurs culturels de la ville et tirer un premier bilan, un an après les assises de la culture.
Une réunion de trois heures où le maire de la ville, Jean Dionis du Séjour, et l’adjointe à la culture Laurence Maïoroff ont repris point par point les engagements votés douze mois auparavant.
Et c’est en commençant par parler sous que Jean Dionis du Séjour amorçait les débats, en rappelant que la ville d’Agen avait sanctuarisé le budget de la culture (5,3 millions par an) alors qu’elle subissait la baisse de dotations de l’Etat. Pour tenter de combler le différentiel de 800 000 euros par an pendant trois ans (soit à peu près 1% du budget de la ville), le maire annonçait donc une hausse des tarifs de 10% dans l’ensemble des structures municipales, y compris culturelles… Il a également ajouté que si le budget était figé, les dotations, elles, ne l’étaient pas, expliquant ainsi pourquoi les subventions aux associations culturelles avaient baissé de 10% en 2015. Il a ainsi exhorté les acteurs culturels à aller chercher davantage de mécénat à l’image du Pruneau Show : « Il vous faut avoir une réflexion et se demander où est l’argent ? ».
Dans le même temps, le premier magistrat regrettait que l’Etat, face à la nouvelle grille budgétaire culturelle de la ville, ne maintenait pas les subventions qu’il lui accordait jusqu’ici.

Trois projets à 20 000 euros

Mais redistribuer les cartes des subventions aux structures culturelles a permis d’honorer l’engagement n°99 en dégageant 20 000 euros pour financer trois projets ponctuels réalisés dans l’année 2016. Trois projets évoqués lors de cette réunion et sélectionnés par la municipalité. 2500 euros vont être versés aux Montreurs d’images, pour un projet de films documentaires concernant le quartier du Pin. 2500 euros qui représente 20% du coût du projet, le reste étant financé par l’Etat, notamment. 5 500 euros ont donc été attribués à une association nouvellement née sur Agen et qui a fait du street art et des cultures urbaines son cheval de bataille. Elle va donc mener des ateliers graf dans deux écoles de la ville et installer, au mois de juin prochain, deux cubes sur la place Wilson, qui donneront libre cours à l’inspiration agenaise.
Le grand gagnant de l’appel d’offres s’avère donc être le quartier de l’Ermitage associé au CEDP47 qui rentre dans ses caisses les 12 000 euros restants, afin d’exploiter au mieux les richesses paysagères et patrimoniales du quartier. Visites guidées, panneaux balisant les sentiers vont donc fleurir sur les coteaux, mis en lumière sur la toile via la création d’un site internet… C’est les randonneurs du dimanche qui vont être contents…

Quid du projet à 200 000 ?

Mais c’est l’engagement 113 qui tenait sans nul doute la salle en haleine… Celui où la ville annonçait la création d’un événement culturel de portée nationale sur son territoire… Et après un an de débats dans les murs de l’Hôtel de ville, Jean Dionis du Séjour annonçait la couleur : « C’est fichu pour 2016. D’autre part, nous avons décidé que la ville ne serait pas porteuse du projet mais ferait un appel d’offres » annonçait Jean Dionis du Séjour… Avant d’ajouter que le projet, pour être accepté, devrait assurer un auto-financement de 50%, soit trouver 100 000 euros de recettes pour espérer recevoir le chèque de 200 000 euros de la mairie… Un challenge lancé aux structures culturelles de la ville par un maire qui leur promettait d’ « être déçu si « ma ville », qui est la vôtre aussi ne le relève pas ». Reste à savoir qui se lancera dans ce pari risqué… « Certains me glissent déjà des idées, des visiteurs du soir… » ajoute Jean Dionis du Séjour. Qui devront avoir les épaules solides pour parier sur 100 000 euros de recettes avec un événement culturel naissant.
Un an après la grand-messe des assises, Agen semble donc encore loin de la révolution que certains pouvaient attendre en matière de politique culturelle de la ville. Et l’équipe en place semble avoir fait sien l’adage « qui va piano, va sano ».

Annabel Perrin

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