Régine Josse, la terre dans la peau


Née en 1929, à Nérac, Régine Josse est une figure bien connue des Néracais. Même si Régine s’est un peu éloignée de l’Albret pour des raisons professionnelles, il était clair qu’elle y reviendrait à la retraite. On la croise dans la cité à diverses occasions, car elle est toujours restée passionnée de la capitale de l’Albret, tant au niveau historique qu’événementiel. Fille de métayers installés à Nérac puis à Espiens, Régine a des souvenirs de l’agriculture d’autrefois et de ses difficultés. De cet intérêt pour la terre, elle en avait fait son métier au sein de la Mutualité agricole. Ce qui l’a conduite à découvrir le monde rural et le monde en général, puisqu’elle a beaucoup voyagé. Membre des Amis du Vieux Nérac, de la Confrérie du melon de Nérac, de la Société botanique, de la JAC, de la CFDT, du CVJR, de Vie nouvelle, de la Société archéologique de l’Albret, de Mémoires en Albret, de Nérac-Accueil, des Amis du musée d’Agen, des Amis d’Ibiza…

L’Hebdo : L’agriculture a marqué votre vie dès votre naissance, comment avez-vous évolué au sein du monde rural ?
Régine Josse : Je suis en train d’écrire mes souvenirs, pour ma famille. J’ai envie de laisser trace de cette époque, de mes parents. Je suis née à Nérac, au Luquet, chez Laubenheimer, mes parents étaient métayers. Ils ont ensuite pris une ferme en métayage à « Roseheyte », à Espiens, et l’ont exploitée durant trente-trois ans. Je participais aux travaux de la ferme avec mon frère. Mes parents espéraient que je resterai à la ferme. Moi, je pensais à faire des études, à partir. Mais pas facile, en ce temps-là, d’accéder à autre chose quand on est fille de métayers. Je suis partie en 1964 dans l’Oise dans un centre de formation pour adultes. Mais j’ai connu de véritables embûches, j’ai appris beaucoup plus tard que ces barrages à mon évolution provenaient des gens du village.

L’Hebdo : Malgré tout, vous avez progressé et tant au niveau professionnel que personnel ?
R. J. : J’ai accédé à l’ANFOPAR (Association nationale pour la formation et le perfectionnement des adultes ruraux), j’étais dans un groupe de filles venant de toute la France, nous étions trois de Lot-et-Garonne. Nous avions été évaluées par des professeurs et des psychologues. Mon premier stage se déroula à la maternité de l’hôpital de Nérac. La seconde année, j’ai passé un examen à Beauvais afin d’être orientée vers le métier de technicienne agricole. Au grand dépit de certains, je suis sortie seconde. Je suis partie travailler à la Mutualité de l’Ile-de-France, en Seine-et-Marne, j’ai également fait un stage à Dijon. Mon parcours professionnel me ramenait en Lot-et-Garonne en 1972. J’avais passé un examen de conseiller de gestion. Ce fut, là encore, difficile, car dans le Nord de la France, les femmes n’accédaient pas à ces postes et pour une fille du Sud, c’était encore plus fastidieux.

L’Hebdo : Comment s’est déroulé votre retour dans la région ?
R. J. : J’ai été nommée technicienne sur le secteur de Beauville-Puymirol et Port-Sainte-Marie et, plus tard, j’ai travaillé avec le CIVAM de Prayssas. Comme je connaissais la gestion, j’allais voir les fermiers qui avaient des soucis pour payer la Mutualité, j’étudiais leur façon de gérer. Ca se passait bien, j’étais du coin, donc mon passage ne posait pas de problème. J’ai de très bons souvenirs de cette période. Les gens étaient, malgré leurs problèmes, accueillants. Il fallait toujours partager le pot de l’amitié ou un repas. J’ai vu l’évolution du travail à la ferme avec les bœufs dans mon enfance jusqu’à la mécanisation.

L’Hebdo : Cette profession vous a conduite beaucoup plus loin qu’en Lot-et-Garonne ?
R. J. : A la Mutualité, des voyages étaient organisés dans d’autres régions et surtout dans d’autres pays pour voir comment ça se passait ailleurs. J’ai donc voyagé en France, bien sûr, mais aussi dans les pays du Marché commun et aussi en Afrique du Nord, en Israël, au Canada, en Roumanie, en Grèce, Algérie, Portugal, Maroc, j’étais également membre du Centre de voyage de la jeunesse rurale (CVJR).

L’Hebdo : Hormis votre intérêt pour votre travail, vous aviez des passions ?
R. J. : J’aimais et j’aime toujours beaucoup lire. Ca rendait furax ma grand-mère. Ma mère avait compris que ça me plaisait et lorsqu’on se rendait au marché, on passait à la bibliothèque, rue Fontindelle à Nérac. J’appréciais les livres d’histoire et de voyages, « La Route de la soie » m’a laissé de beaux souvenirs.

L’Hebdo : Votre passion pour l’histoire de Nérac vous est venue à quel moment ?
R. J. : J’ai toujours aimé l’histoire de la ville où je suis née, j’avais toujours envie d’en savoir plus. Pour cela, il faut faire des recherches; dès que je suis revenue au pays, j’ai commencé. J’ai contribué à écrire des articles pour la Revue des Amis du Vieux-Nérac sur des thèmes divers tels que la Résistance, le melon, la truffe, les grandes familles, les châteaux, le métayage. J’ai aussi contribué à divers livres édités par les AVN, « Si Nérac m’était photoconté », les cartes postales, « De la foudre aux lumières », « Je me souviens Nérac », etc. Je faisais aussi de la photo, j’étais membre d’un club photo et j’ai suivi un stage avec Kodak. Lorsque j’ai intégré la Société des sciences botaniques en 1973, c’était dans le but de satisfaire mon intérêt pour la minéralogie. Manque de pot, l’association n’avait pas de section pour cela, je me suis donc orientée vers les champignons et les insectes. Un monde très intéressant.

L’Hebdo : Votre vécu à Espiens vous a fait écrire sur cette commune. Pourquoi ?
R.J. : J’ai écrit à titre personnel un livre intitulé « Espiens, mon village en Albret », publié par les Amis du Vieux-Nérac en collaboration avec la Société archéologique, préfacé par Hubert Delpont. Il est paru en 1996. J’ai étudié l’histoire du village,  glané des renseignements auprès des personnes âgées et des documents d’archives. C’est un livre détaillé sur l’histoire, la géographie économique, les fermes, la vie au quotidien, les châteaux, les seigneurs, la religion et tout ce qui a fait ce village qui fut celui de mon enfance. J’ai eu envie de l’écrire pour laisser une trace de cette commune au vécu riche, de cette commune qui a su évoluer au fil des siècles sans perdre son identité.

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