Saga // Céline Piot, agir et faire réagir


Elle est coiffée de plusieurs casquettes associative, professionnelle et politique. Sous son attitude posée, Céline Piot cache un caractère de battante persévérante, souhaitant agir et faire réagir. Présidente des Amis du Vieux-Nérac depuis 2004, professeur d’histoire-géographie au lycée Despiau à Mont-de-Marsan depuis quinze ans, Céline Piot est également docteur en histoire contemporaine et élue au conseil municipal de Mont-de-Marsan.

L’Hebdo : Quand et comment avez-vous trouvé un intérêt pour les livres d’histoire ?
Céline Piot : Élève, j’aimais plein de matières. J’ai toujours aimé l’Histoire. J’ai pris conscience très tôt que l’histoire familiale rejoignait l’histoire locale du village ; c’était, pour moi, imbriqué à l’Histoire dans les livres. Je n’aime d’ailleurs pas le terme « histoire locale », car tout est Histoire. Le programme de sixième, pour les gamins, est magnifique. Il y avait toujours des livres d’Histoire à la maison. Les instituteurs que j’ai eus et les sorties scolaires m’ont donné le goût de découvrir toujours plus. Cela a compté dans ma construction personnelle. Certains enfants ne découvrent la culture et l’Histoire qu’à travers les sorties scolaires, c’était vrai autrefois, ça l’est encore aujourd’hui.

L’Hebdo : Comment vous êtes-vous intéressée au travail des Amis du Vieux-Nérac ?
C. P. : Les AVN sont nés en 1983. Ma mère achetait la revue. Comme des profs que je connaissais écrivaient pour cette publication, je m’y intéressais encore plus. Après le bac, je suis partie en fac d’histoire, j’ai alors accédé à des conférences. Je suis devenue adhérente des AVN en 1994 et on m’a proposé de donner des conférences. Ma première a eu lieu en 1995. Ensuite, j’ai été mutée dans l’académie d’Amiens, puis dans l’académie de Bordeaux en 2000. M. Willay, président des AVN, avait été mon professeur, il déménageait, il laissait une place au conseil d’administration des AVN. J’ai été élue au CA. J’étais ravie, mais n’avais pas l’intention de devenir présidente.

L’Hebdo : Et pourtant vous êtes présidente depuis 2004, comment cela s’est-il produit ?
C. P. : Patrick Tachouzin a démissionné du poste de président. Comme j’étais membre du CA, condition indispensable pour devenir président, on a voté pour moi.

L’Hebdo : Pourquoi les jeunes d’aujourd’hui ne viennent pas vers cette association ?
C. P. : Dans la vie, les gens s’intéressent à l’Histoire plus tard. En classe, c’est beaucoup plus facile, les jeunes s’y intéressent, c’est facile d’enseigner cette matière. Quant à s’intéresser aux rendez-vous des AVN, ils pensent que ce n’est pas pour eux, car il y a des gens âgés. Ca dépend aussi des thèmes, certains sujets ne les captivent pas.

L’Hebdo : Vous êtes élue depuis les dernières élections, là encore est-ce une passion ou une opportunité ?
C. P. : Ado, j’ai aimé autant la politique que l’Histoire. Avant la seconde, j’ai été attirée par le journalisme politique, je lisais notamment « L’Evénement du jeudi ». J’ai choisi l’enseignement, mais l’idée de politique m’a toujours intéressée au sens large de la vie de la cité. Du fait de certaines rencontres, de mes implications associatives, j’ai pensé que c’était peut-être le moment de me lancer.

L’Hebdo : Entre penser que ça peut arriver et sauter le pas, il y a une marge. Qu’est-ce qui vous a décidé à vous engager ?
C. P. : C’est la venue de Jean-Luc Mélenchon à Barbaste, des amis de Mont-de-Marsan m’accompagnaient. A partir de là, j’ai voulu participer à l’aventure de Mont-2-Gauche (Front de gauche), créé par des citoyens qui voulaient une alternative au PS.

L’Hebdo : Aujourd’hui, en tant qu’élue, comment vivez-vous la politique ?
C. P. : Nous continuons cette aventure. Nous essayons de faire changer la vision de la Ve République. Actuellement, nous essayons de présenter un projet et pas une personne. Donc lorsque j’interviens en qualité d’élue je dis « nous » ou « Mont-2-Gauche » et non « je ». Nous venons de créer le premier atelier constituant pour la VIe République. On va vers quoi ? Nous voulons un changement de Constitution, on veut arrêter avec cette monarchie républicaine, afin de redonner la parole au peuple. Dans les grands principes, le rôle de l’élu a sa place, mais il ne doit pas faire plus de deux mandats, le mandat n’est pas une carrière ni un métier, c’est une mission à un moment donné. Ce n’est pas non plus bénéficier de privilèges et de passe-droits. Pour ma part, je retourne tout ce qu’on m’offre, les places gratuites y compris. C’est normal d’aller au spectacle et de payer son ticket d’entrée.

L’Hebdo : Avec votre groupe, vous menez plusieurs combats, lesquels ?
C.P. : Nous sommes pour le référendum révocatoire à mi-mandat faisant que l’élu doit appliquer le programme pour lequel il a été élu. Ce qui nous anime également, la lutte contre le traité transatlantique, c’est très grave, les multinationales auront le pouvoir, c’est la fin de l’Etat-Nation et de la souveraineté. Nous souhaitons un grand débat sur ce projet du grand marché transatlantique qu’est le Tafta. Les négociations ont eu lieu entre l’UE et les USA. Il faut communiquer afin que les gens sachent de quoi il s’agit. Le poulet chloré, on ne connaît pas forcément et pourtant il existe. Il est encore temps de réagir.

L’Hebdo : Réagir, comment ?
C. P. : Je reste dans le combat associatif et politique. Mon idée est qu’on peut encore résister, on peut faire agir et faire réagir. J’en ai marre de voir les gens aussi résignés. Il y a un dicton que j’aime me remémorer : « Les tyrans sont grands parce que nous sommes à genoux ».

L’Hebdo : Avez-vous des projets d’écriture ?
C. P. : En décembre, le livre sur Lavardac paraîtra aux éditions d’Albret. Je suis partie de documents iconographiques, j’ai fait une première partie sur l’histoire de Lavardac, les vieux métiers ensuite, la fanfare, la rivière, le commerce, la vie locale. Une conférence est programmée dans l’après-midi du 20 décembre, à la mairie de Lavardac. Autre projet avec les AVN, cette fois, la suite de « Je me souviens Nérac » pour 2015.

L’Hebdo : Combien de livres avez-vous publié ?
C. P. : Ce sera le troisième toute seule. Sept en codirection et j’ai participé aux publications de livres et revues des AVN. Actuellement, on compte une soixantaine de livres et cinquante revues.

L’Hebdo : Arrivez-vous à prendre du temps pour vous ressourcer ?
C. P. : Oui je trouve du temps. Il y a des périodes lourdes où il faut tout concilier, le travail, les rencontres avec les parents d’élèves, les conseils de classe, mon implication à l’association et pour la politique. Mais, à d’autres périodes, j’arrive à me ressourcer à la piscine et à l’océan. Je me dis toujours qu’une chose faite, c’est une chose de moins à faire. J’avance ainsi.

Cathy Montaut 

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