Saga // Laurence Franzoni, le combat d’une vie


Depuis 2008, Laurence Franzoni siège dans l’opposition du conseil municipal de Nérac. Depuis peu, elle est tête de liste, remplaçant ainsi Bernard Dalies. En 2010, elle est également devenue présidente de l’association Planète Autisme, souhaitant faire bouger les choses pour les enfants atteints et leurs familles.

L’Hebdo : Comment êtes-vous entrée en politique ?
Laurence Franzoni : C’est Gabriel Chazallon qui conduisait la liste « L’Avenir est à nous » qui, en 2008, m’a demandé d’en faire partie. Je n’avais pas du tout envisagé, un jour, de m’investir au niveau de la mairie. J’avais plutôt envie de me tourner vers le monde associatif. En y réfléchissant, j’ai accepté, pensant pouvoir représenter ce monde-là.

L’Hebdo : En quelque sorte, vous comptiez apporter un service ?
L. F. : Oui, aider les gens, leur apporter un service, j’estime que c’est le boulot d’un élu. Dans l’opposition, c’est frustrant, car j’estime ne pas apporter grand-chose. J’ai découvert le jeu de la politique, ce qui me plaît moins.

L’Hebdo : Que voulez-vous dire ?
L. F. : Selon moi, il serait temps que toutes les énergies se mettent au travail, ensemble, vu l’état du pays. Il y a trop d’egos  surdimensionnés, je n’apprécie pas qu’on pense à sa carrière politique avant tout. On voit cela tant au plan local, départemental que national. Cela me gêne beaucoup.

L’Hebdo : Quel est votre engagement pour l’avenir ?
L. F. : Au final, j’ai des engagements auprès des Néracais, je resterai jusqu’au bout, je ne m’y soustrairai pas. Ceci dans l’intérêt général. Concernant les prochaines élections, je suis sollicitée, mais je n’ai pas encore pris de décision. Il est vrai que lorsqu’on a envie de faire bouger les choses, il faut s’impliquer.

L’Hebdo : A propos, vous êtes fortement impliquée au sein de Planète Autisme. Qu’est-ce qui vous a décidé à agir ?
L. F. : Avec Nathalie Bongibault, nous avons créé cette association le 12 janvier 2010. On s’est rencontrées à Toulouse, alors que nous y amenions, plusieurs fois par semaine, nos enfants atteints de troubles autistiques. Un jour, nous nous sommes dit « pourquoi pas monter la même chose à Agen ? ».

L’Hebdo : Comment avez-vous pu mettre en place un tel projet ?
L. F. : Nous avons été très vite soutenues par Jean Dionis, le maire d’Agen. Le local appartient à la mairie. Nous portons à trois, la vice-présidente, le trésorier et moi, le projet et son développement, comme un travail alors que nous sommes bénévoles. Aujourd’hui, nous avons recruté trois psychologues et un moniteur éducatif. Beaucoup de familles viennent vers nous, dirigées pour la plupart par les collectivités. Malheureusement, nous sommes obligés d’en inscrire sur une liste d’attente par manque de moyens. Nous avons la grande reconnaissance morale de toutes les institutions, mais pas de financement de l’Etat. D’où la difficulté de faire plus pour ces familles en souffrance, qui attendent beaucoup de l’association et notamment la prise en charge des enfants.

L’Hebdo : D’où vient l’argent nécessaire ?
L. F. : On arrive à survivre grâce à de petites subventions, grâce à des dons et à l’organisation d’événements. Cette année, Mme la députée Lucette Lousteau nous a beaucoup aidés à travers la réserve parlementaire. Mais ça reste ponctuel. Devant la pression importante et constante des familles, c’est difficile. On vient vers nous, on compte sur nous et souvent les familles sont très en colère. Et moi, je veux bien soutenir les familles, mais pas dans la menace et la colère, même si je les comprends. Je suis dans le même cas qu’elles. Il faut que nous ayons des aides pérennes afin de poursuivre. Augmenter la participation financière des parents voudrait dire exclure une frange de la population. J’ai l’impression que je passe mon temps à chercher de l’argent. Nous perdons du temps, alors que nous pourrions agir pour les enfants. Les pays anglo-saxons sont en avance sur le plan de l’autisme par rapport à la France. Les enfants sont pris en charge, c’est naturel là-bas. Ici, il faut continuellement se battre. Nous en sommes au 3e plan autisme lancé par l’Etat et pas grand-chose n’a bougé. C’est un bon plan, mais il n’y a pas de ligne budgétaire. A ce rythme, on peut espérer que ça changera d’ici 20 à 30 ans.

L’hebdo : On sent chez vous, peut-être, une lassitude ?
L.F. : On est tous fatigués, épuisés. Nous représentons une centaine de familles et prenons en charge 36 enfants, il y en a autant en attente. Il y a des organismes et il y a Planète Autisme. Je regrette que des familles attendent durant des années, c’est perdre du temps sur la progression des enfants, car il est prouvé que la prise en charge adaptée fonctionne bien. C’est du gâchis humain et financier de devoir les inscrire dans des structures très chères, car avec moins de moyens, on pourrait faire mieux. La prise en charge coûterait alors 1 million d’euros de moins à la société. On compte 600 000 personnes atteintes de troubles autistiques en France. Je pense, aussi, qu’il faudrait faire des évaluations et même sanctionner ceux qui ne font pas leur travail.

Cathy Montaut

Tweet about this on TwitterShare on Facebook0

Tags:

Laisser un commentaire

Pas de Commentaires

Les commentaires sont fermés