Saga // Martine Palaze, le social comme une évidence


Adjointe au maire de Nérac et vice-présidente de la commission de la cohésion sociale, Martine Palaze, retraitée de l’Education nationale,  est également présidente de la commission enfance et jeunesse de la Communauté des communes du Val d’Albret. Elle est, entre autres, présidente du comité Relais services publics du Syndicat mixte du Pays d’Albret. Elle a également d’autres casquettes.

L’Hebdo : Qu’est-ce qui a déterminé le choix de vous tourner vers le social ?
Martine Palaze : Depuis tout le temps, j’ai vécu l’injustice, le rejet, en tant que fille d’officier. Cela a été une force. Professeure, j’étais tournée vers les plus fragiles, je me suis engagée dans l’enfance inadaptée, j’ai été responsable du CMPP. Ce fut mon moteur, la cause de ma vie. Les gens les plus fragiles m’intéressent. C’est l’engagement que j’ai pris à la mairie, je souhaitais aussi un engagement associatif, j’ai mis en place l’aide au soutien scolaire. J’ai été présidente de l’école de musique, c’est important que la musique soit accessible aux enfants, j’ai toujours été dans le combat, c’est mon dada.

L’Hebdo : Et vers la politique ?
M.P. : Je voyais la politique à travers le monde associatif. Je me disais « que font les politiques, ils ne comprennent rien, je vais y aller ». Aux dernières régionales, j’y suis allée avec le PRG, ça me titillait. Vu de l’intérieur, ce n’est pas si facile. Il faut que le dire et le faire aillent ensemble, comme le disait Montaigne. J’estime qu’il n’y a pas besoin de paroles, il faut surtout des actes. C’est très compliqué, on a beau vouloir, il y a des moyens à mettre en place, il faut du temps, il fallait être dans le faire transversal. De fait, à la mairie, je ne pouvais aller que vers la commission sociale, à travers cela, je suis partout, on me le reproche, mais j’ai besoin de cela. Je suis administratrice Habitalys, c’est important pour le logement. Par le biais de la CCVA, je me bats pour avoir de la formation sur le territoire.

L’Hebdo : Vous y arrivez ?
M.P. : J’ai vécu l’expérience du chantier qualification, j’y ai laissé un peu de mon âme. On se sent seul, éloigné de la région, des grandes villes. L’Albret reste un oublié. Il faut avoir des formations à proposer à Nérac pour des gens qui sont en demande de formations diplômantes. Le chantier en secteur sauvegardé me paraissait un bel exemple pour former des gens à des techniques porteuses d’embauche. Au final, je me suis plantée. Il y a des échecs qui donnent plus de force.

L’Hebdo : Le RSP est plus efficace ?
M.P. : Le Relais de services publics est au service de notre population, il est cohérent, rend de grands services à la population de l’Albret avec une équipe jeune, dynamique et novatrice. Le Syndicat mixte est une structure qui permet d’avoir des projets territoriaux avec des perspectives avec l’Europe. Elle permet de rêver à du long terme sur des projets d’envergure. J’ai beaucoup d’espérance sur le syndicat mixte.

L’Hebdo : D’autres projets vous tiennent certainement à coeur ?
M.P. : J’ai implanté la maison relais pour accompagner les gens en difficulté de logement. Mon gros projet fut la création des pôles caritatifs, on est bien plus fort ensemble, toujours dans l’intérêt des bénéficiaires, toujours le même combat. Les jardins familiaux ont été un projet difficile, qui ont nécessité trois ans de travail ; la réhabilitation du centre Haussmann est un projet à long terme.  Je suis présidente du conseil de surveillance de l’hôpital. Il faut se mobiliser autour de l’EHPAD car bon nombre de résidants ne peuvent pas payer. Le maintien à domicile est une bonne chose, il faut que l’EHPAD reste la solution du bout du bout, lorsqu’on est extrêmement dépendant. L’obligation alimentaire va vers les enfants et petits-enfants, pas de solution, je me heurte au fait que le Conseil général est étranglé. La prise en compte de nos aînés est primordiale, j’ai beaucoup d’interrogations sur le vivre ensemble.

L’Hebdo : Que faire pour nos aînés ?
M.P. : Revenir à des valeurs citoyennes, il faut sortir de l’entre-soi. On est devenu des gens égoïstes. Il faut revenir aux valeurs du vivre ensemble. Je souhaite travailler sur un projet de maison pour tous, même pour ceux qui n’appartiennent pas à une association. Donner aux aînés l’envie de vivre est important. On est fait pour vivre en groupe. Il faut prendre soin de tout le monde, à tous les niveaux. Les gens ont tous de l’intérêt pour moi, ils m’intéressent tous. J’ai beaucoup à apprendre de tous. C’est ma grande découverte. Je ne regrette pas d’être partie en politique, il y a quelquefois des blessures, mais elles nous apprennent à reconstruire. J’ai fait de belles rencontres. Mon nouvel engagement dans la commission jeunesse a un sens, j’estime qu’aînés et jeunesse, c’est un tout.

L’Hebdo : Comment arrivez-vous à gérer toutes vos missions ?
M.P. : J’ai un petit jardin secret. Un mari qui me laisse vivre cette expérience, je l’en remercie. Je suis heureuse dans ce que je vis. Nous vivons la qualité, pas la quantité. Je suis toujours disponible pour les enfants et petits-enfants. Mes enfants ont aussi compris que j’avais besoin de vivre tout cela.

L’Hebdo : Comment vivez-vous le rang de belle-mère par rapport au maire et à la mairie ?
M.P. : En dehors, nous ne parlons pas de la mairie, la vie privée reste privée. C’est compliqué d’être l’adjointe au maire qui est mon gendre. C’est souvent douloureux. Mon maire me dit « Je suis, avec toi, plus exigeant ». C’est toute l’ambiguïté. Il ne me loupera pas. C’est aussi un frein, un empêchement pour moi. Être une femme, ce n’est pas facile et surtout pas en politique. Nérac est une collectivité qui a subi la parité. Il faut que nous fassions nos preuves. Je ne suis pas docile, j’ai des convictions. Je peux reconnaître mes erreurs, mais j’ai un peu de mal.

L’Hebdo : En conclusion, vous continuez le combat ?
M.P. : Je suis repartie dans le second mandat avec Nicolas Lacombe car les choses amorcées dans le premier peuvent se réaliser dans celui-ci. J’estime qu’il faut des retraités dans une collectivité, concilier la vie professionnelle, l’engagement politique et la vie familiale, c’est compliqué, il faut être disponible. Je suis et je reste dans l’action. Si j’attendais que tout me vienne, je n’aurai pas trop avancé. Je crois beaucoup en la silver économie, nos aînés ont du temps à donner et de l’expérience. Tout est perfectible, rien n’est figé dans le temps, ce qui est acquis n’est pas gagné. Tout est à bâtir. J’ai pu constater qu’il y a encore des valeurs citoyennes, elles existent dans des grandes causes. Pour exemple, la tempête Klauss durant laquelle on a pu compter sur les voisins, il faut également faire confiance à nos jeunes. Jeunes-seniors, ce n’est pas cloisonné, il faut du « tout ensemble ». On a tout à y gagner.

Cathy Montaut

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