« Si la bougie s’éteint, elle ne sera jamais rallumée »


Il règne comme une atmosphère post-apocalyptique devant l’usine immense de MetalTemple. Voiture brûlée, poutres en acier et tonneaux rouillés bloquent l’avenue qui longe le site. Une poignée d’hommes et de femmes tiennent le siège depuis un mois, se relayant comme ils le faisaient devant les machines et les fours, en trois huit. « Nous sommes entre une quarantaine et une cinquantaine d’ouvriers présents jour et nuit » remarque José Gonzalez, représentant du personnel. « Et autant à chaque action que nous menons… Après quatre semaines de grève, je l’avoue, c’est difficile moralement et physiquement… » Mais José Gonzalez l’annonce : ils ne lâcheront rien jusqu’au 2 avril, date à laquelle les salaires ne seront plus couverts : « Jusque-là, nous nous battrons pour obtenir les meilleures conditions de départ possibles ».
Sur les 136 salariés encore employés à MétalTemple, seuls trente doivent être préservés par le plan de reprise… On est aujourd’hui très loin des 3 000 ouvriers qui fourmillaient dans l’usine au début des années 80. Cette époque-là, Bernard Ambal s’en souvient.

Quatre ans d’espoir
Il a été embauché en 1981. Et a vécu les multiples plans de reprise et vagues de licenciements  : « Un tous les quatre ans en moyenne » lance, désabusé, Bernard Ambal. « Et à chaque fois, l’espoir renaissait. Les plans fonctionnaient durant quelques temps, puis c’était de nouveau la chute ». Pour Bernard, les conclusions sont simples : « Les repreneurs s’en mettaient plein les poches durant trois ou quatre ans, puis laissaient tomber. Aucun n’était natif d’ici, ils n’avaient aucun attachement à l’usine ».
Bernard, lui, est né à Fumel. Et c’était une évidence qu’il entre à MétalTemple : « C’était simple… Les emplois étaient là à des salaires plus importants qu’ailleurs. Toute la ville tournait autour de MetalTemple… Elle s’est fondée autour de cette industrie ».
Il s’est également marié avec une ouvrière, d’une autre usine, Tarkett : « Elle vient d’être licenciée… »

Un drame pour Fumel
Pour José Gonzalez, la fermeture de MétalTemple est un drame économique « qui va retomber sur la ville d’ici trois ans ». « Pendant ce temps-là, les gens vont continuer à toucher leurs indemnités chômage et ne chercheront pas à partir… Mais après… Et puis, il ne faut pas oublier qu’un emploi à l’usine, induit quatre emplois à l’extérieur ». Et le représentant du personnel est partagé entre la colère et la tristesse : « En colère car pour moi, la volonté politique de sauver cette usine n’a pas été réellement là… Il y avait des pistes à explorer comme celle de l’aéronautique, des éoliennes, de la SNCF qui fait aujourd’hui appel à l’Allemagne et la République tchèque pour des pièces que nous savons construire. C’est triste de voir disparaître un savoir-faire unique… Car, nous le savons, c’est sûr, si la bougie de MetalTemple s’éteint, elle ne se rallumera jamais. »

Annabel Perrin

Les dernières revendications

Les salariés de MétalTemple ne désarment pas.
Une table ronde est de nouveau réclamée à la préfecture ce vendredi avant le comité d’entreprise de lundi.
Les salariés ont demandé que 60 salariés et non pas 30 soient repris, même en temps partiel durant six mois avec une formation à la clé. Ils ont également réclamé à l’État, via l’entremise de Matthias Fekl, d’intervenir auprès de la SNCF pour qu’elle devienne client de MétalTemple sur l’activité des chemises, ce qui pourrait relancer la piste du repreneur russe Motordetal.
D’autres actions sont à prévoir dans la semaine et ce jusqu’au 2 avril, date où les salariés ne seront plus payés.

 

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