Spécial attentats #2 // Aux larmes, citoyens


Le silence. Comme une réponse pleine de dignité au bruit des bombes explosées et des balles tirées. Les mobilisations qui se sont tenues un peu partout dans le département ont offert le miroir de la solidarité d’une société française meurtrie, même à des centaines de kilomètres du drame.

Dignes et désobéissants

Dès l’état d’urgence proclamé, les rassemblements spontanés sont  « fortement déconseillés » pour des raisons de sécurité et pour conserver les forces de l’ordre sur leurs « missions prioritaires ». Les hommages, à l’image de certains de nos ennemis, se devaient d’être intérieurs. Mais l’émotion a débordé et les initiatives se sont multipliées. Samedi, une marche blanche a battu le pavé villeneuvois avec quatre-vingt personnes. Le lendemain, dimanche, c’est à Agen que les anonymes ont convergé. « Je sais bien que le préfet a interdit ce genre de rassemblement, explique Annie Gourgues, présidente de l’association La Mouette et à l’origine de la manifestation agenaise, mais je n’ai pas besoin d’attendre des ordres d’en haut pour me mobiliser. Agen est une ville solidaire et nous le montrons. » Jeunes et moins jeunes, femmes et hommes se sont recueillis devant le monument aux morts de la ville. On parle peu. Le soleil automnal brille d’une lumière froide qui ne réchauffe pas les cœurs. Les déclarations sont rares et courtes, les yeux rougis par la peine et ces deux nuits d’insomnie. Ali, 56 ans, fait partie de la centaine de personnes réunies. « Je suis Arabe oui, et musulman. Mais c’est comme quelqu’un qui est Alsacien et catholique. Mon pays, c’est la France. Cela fait cinquante ans que c’est comme ça. Aujourd’hui c’est l’idée de ma France que je viens défendre ici en pleurant nos morts.»

La Marseillaise se fait entendre

Alice et Arthur ne pleurent plus. Silencieux, le couple d’artisans de la banlieue agenaise ne s’attardera pas. « Les enfants sont à la maison. On est venu ici avant de se poser cet après-midi pour en parler avec eux, glisse Alice. Un peu de chaleur humaine, c’est ça qu’on est venu chercher. » Les gorges sont nouées. Mais la Marseillaise a retenti. Partout, dans tous les rassemblements. Planifié ou improvisé, l’hymne national s’est imposé comme le point d’orgue de la solidarité. La musique adoucit les pleurs.

Gauvain Peleau-Barreyre

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