Stationnement : le difficile changement d’ère


Souviens-toi l’été dernier. Les précédents. Ou même cet hiver. En des temps pas si lointain, les parkings villeneuvois étaient des zones de liberté pécuniaire. Un peu comme un concert au chapeau, chacun mettait ce qu’il voulait dans l’horodateur. Se montrer avare était, la plupart du temps, sans conséquence. En 2018, les choses ont bien changé. Depuis 1er janvier, sanctionner les mauvais payeurs n’incombe plus à l’Etat mais aux municipalités. Le PV n’est plus une « infraction » et s’appelle désormais FPS (forfait post-stationnement).  Il en coûte désormais 25 euros, 15 si le paiement est effectué dans les quatre jours. Ces changements se sont accompagnés de nouveaux horodateurs mais aussi, visiblement, d’une nouvelle attitude policière. Les agents municipaux sont plus prompts à aligner les dépassements d’horaires. Pour preuve, après trois mois d’amnistie le temps que le nouveau dispositif se rôde, pas moins de 5 464 FPS ont été dressés entre le 2 avril et le 7 juillet. Soit une belle moyenne de 66 amendes par jour. « Pour toutes les personnes qui avaient l’habitude de ne jamais se faire sanctionner, c’est forcément un choc. Les statistiques sont incomparables avec les exercices précédents car la municipalité avait volontairement levé le pied sur les verbalisations à cause, notamment, d’horodateurs sans cesse en panne. Avec le nouveau système et les équipements qui vont avec, on a remis de l’ordre dans tout ça et c’est nécessaire pour le centre-ville. On est à la fois surpris et pas surpris de ces chiffres car les Villeneuvois n’étaient plus habitués à payer depuis longtemps », explique Yannick Lemarchand, directeur de cabinet du maire. Le nouveau paradigme du stationnement dans la bastide a donné lieu à des situations jusqu’alors inédites, comme un parking de la République déserté au profit de celui de la mairie qui ne désemplit plus, ou encore des files d’attente longues de plusieurs minutes devant les horodateurs… « C’est un phénomène que l’on avait anticipé, poursuit Yannick Lemarchand. Mais il est normal que des commerçants et des salariés du centre-ville qui passent huit heures par jour sans bouger leur véhicule laissent les meilleures places à leur clientèle, d’autant qu’il existe des cartes d’abonnement pour les résidents et les actifs. Auparavant, quand on passait devant les banques, on voyait surtout les voitures des employés. Idem place Lafayette. »

Excès de zèle ?

Cet assaut dirigé contre les voitures ventouses était une initiative soutenue par l’Union des commerçants et artisans villeneuvois (UCAV). Du moins au départ. « On a défendu le principe de la gratuité limitée (ndlr, deux heures puis payant). Pour que nos clients puissent se garer facilement, il fallait des verbalisations. C’est quelque chose qui va dans le bon sens et on retrouve effectivement des places disponibles dans l’hyper-centre. Mais il semble que la Police municipale ait pris son travail un peu trop à cœur », indique Geneviève Lecointre, gérante de Table et Cadeaux et présidente de l’UCAV. L’une de ses clientes de confirmer : « Il m’est arrivé de me faire aligner le temps que j’aille jusqu’à l’horodateur prendre un ticket… » La maréchaussée fait-elle de l’excès de zèle ? C’est ce que semblent penser d’autres commerçants du centre-ville. « On voit des clients se prendre des manches en ayant dépassé de quelques minutes seulement. La police se montre très agressive depuis quelques mois. On est passés d’un extrême à une autre. Je veux bien que l’on verbalise, mais là, c’est du matraquage, de la politique du chiffre. Il faudrait que ce soit plus souple. Ça a un gros impact sur nos affaires car les clients ne veulent plus revenir.  Ce n’est pas en opérant de cette façon que le maire va redynamiser le centre-ville », estime Gérard Majos, de la boutique éponyme. « On ne voyait jamais des gens sortir des magasins en vitesse en regardant leur montre. Maintenant si. Avec la rude concurrence de la périphérie, c’est un nouveau préjudice pour nous », renchérit Jeanine Valvason, gérante de Carol B et Bis. De la souplesse, la mairie pense ne pas en manquer. « On a des statistiques en hausse mais on prête aussi attention à toutes les demandes de recours et on tend à les accorder dès qu’elles nous semblent cohérentes. On est en effet allés un peu vite vis-à-vis de certaines personnes », note le dir-cab de Patrick Cassany. Sur 177 contestations aussi appelées Rapo (Recours administratif préalable obligatoire), 89% ont été satisfaites. Suffisant pour calmer la gronde ? Pas sûr. Mais ce choc répressif engendrera peut-être de nouvelles habitudes pour éviter les papillons sur les pare-brise. Seul l’avenir le dira.   

Dimitri Laleuf

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