SUA – LG – Interview // Mathieu Blin : « S’ils sont un peu courageux… »


L’Hebdo : Pas trop la gueule de bois après cette défaite ?
Mathieu Blin : (longue hésitation) C’est comme si vous aviez bu douze bières et que je vous demandais si n’avez pas trop mal à la tête… C’est dur, évidemment. Mais on ne peut même pas parler de gueule de bois, parce que, normalement, c’est lié à un moment de plaisir. Là, il n’y a eu aucun plaisir du début à la fin et à tous les niveaux. Je ne sais pas ce que c’est mais ce n’est pas une gueule de bois.

L’Hebdo : C’est un mauvais moment en tout cas…
M. B. : On a le droit de perdre, on va même perdre beaucoup. Mais depuis trois ans, on construit une identité et l’on a montré du caractère dans les moments importants. Lors des quatre premiers matchs en Top 14, on essaie d’appliquer ce qu’on sait faire pour breaker, brècher, avancer. On a fait un match très intéressant à Brive où peu d’équipes vont gagner. On est sur une bonne dynamique. Et là, patatra. Pour la première fois, j’ai la sensation qu’on s’est reniés et qu’on n’a pas été au niveau. Il s’agit d’une faute professionnelle. On n’avait gagné qu’un match sur quatre mais on avait le respect de tous ceux qui nous regardaient. En une semaine, on a perdu ça et c’est insupportable à vivre.

L’Hebdo : On a senti les vestiaires trembler à la fin du match. Qu’est-ce qui a été dit ?
M. B. : Que c’est interdit de comporter comme ça, d’être en-dessous de tout dans l’engagement, l’investissement et le combat. On doit au moins montrer l’intention de se battre.

L’Hebdo : Jusque-là le discours se voulait plutôt positiviste…
M. B. : (il coupe) Non pas positiviste. Ce qu’on a créé en matière de jeu, de comportement, mettre trente points dans la musette au Racing, ce n’était pas du positivisme, ni la méthode Coué. On n’a pas tenu ce discours pour s’envoyer des bonnes « vibes » ou se protéger. Certes on était avant-derniers, mais pour une équipe qui remonte et redécouvre tout ça, on a montré de belles choses avec des régulations défensives et offensives entre chaque journée. Ce n’était pas du positivisme de dire qu’on était dans le vrai. On l’était avec nos armes. Cela implique d’être en surrégime. Sur 26 matchs, ce n’est pas possible. Mais on doit le faire au moins pour les rencontres à domicile, ne serait-ce que par respect pour nos familles et nos supporters.

L’Hebdo : Pourquoi cet échec alors ?
M. B. : Les joueurs ne savent pas d’où ça vient. Nous non plus. On était dans la continuité de ce qu’on avait vécu lors de ces quatre premiers matchs.

L’Hebdo : La gestion de la trêve peut-être ?
M. B. : On a analysé les séquences de jeu avec des indicateurs de performances (puissance en watts développée par les jambes, élasticité des muscles, etc.). Tous les indicateurs sont au vert. Pour la prépa physique, on a fait comme toutes les autres équipes. On sait ce qu’il faut faire. La seule spécificité, c’est le positionnement de la semaine de coupure avant la reprise et non pas au début de la trêve. C’est ce choix qui pose question même si rien ne dit qu’il est à la source du problème.

L’Hebdo : Ce match contre l’UBB va-t-il être considéré comme un joker ou va-t-il y avoir du changement dès La Rochelle ?
M. B. : Joker, on n’a déjà pas le droit. Mais dans ces conditions-là, c’est carrément inacceptable. Après ce qu’on vient de faire, le manque de combativité collective ne sera plus toléré une seule seconde. Il y aura une rotation de ceux qui n’ont pas fait une grande performance. Certains disent que c’est une sanction ou une punition. Je pense que c’est juste respectueux de  notre cadre de travail où tous les joueurs ont leur place. On le fait déjà depuis le début de saison.

L’Hebdo : Le SUA a-t-il perdu de la crédibilité vis-à-vis des autres équipes ?

M. B. : Il faut leur demander mais je ne crois pas. Si Bordeaux s’est montré aussi bon et pragmatique dans cette partie, c’est qu’ils nous craignaient. Ils connaissent nos spécificités. Si on applique notre plan de jeu, on reste très compliqués à jouer. Mais, si on ne le fait pas, on s’expose dangereusement.

L’Hebdo : Le fond de jeu d’Agen ne va donc pas changer par rapport au début de saison ?
M. B. : Il ne va pas bouger d’un iota. On le voit encore ce week-end en Coupe du Monde, c’est le jeu qui gagne, pas autre chose. Il faut de la suppléance au poste, de l’accélération des zones de combats,  des libérations optimisées… On a passé une soirée à faire l’inverse.

L’Hebdo : On peut donc parler d’une faillite des joueurs ?
M. B. : Sur ce match-là, à 200%. Et ils le savent. Ils le reconnaîtront s’ils sont un peu courageux.

L’Hebdo : Y aura-t-il une approche particulière du match contre La Rochelle ?
M. B. : La semaine ne sera pas très détendue… On ne verra pas beaucoup de sourires de notre part. On va exiger une mobilisation totale. Il faut retrouver du plaisir dans ce que l’on produit. Après, on connaît la tendance de La Rochelle à étriper ses adversaires chez elle dans un stade rempli à ras bord. L’avenir appartient aux joueurs. Ils sont mis devant leurs responsabilités.

Propos recueillis par Dimitri Laleuf

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