Supplément SUA – Interview : «  Je ne veux pas être un fantôme »


L’Hebdo : Vous avez surpris beaucoup d’observateurs cette semaine en annonçant votre désir de mettre un terme à votre aventure avec l’UBB en fin de saison. Pourquoi ce choix ?
Régis Sonnes : C’est une décision longue et mûrement réfléchie. J’ai senti que j’étais au bout de cette aventure et je ne voulais pas faire l’année de trop. Entraîner, c’est amener toujours de la nouveauté, de l’entrain. Lorsque vous tombez dans la routine, vous mettez en danger le groupe. Et c’est surtout ce que je ne veux pas.

L’Hebdo : Pourtant au club, tout le monde a fait le forcing pour vous garder…
R. S. : C’est vrai mais ils ne me connaissent sûrement pas assez encore (sourire). Je crois quand même être assez objectif sur ma personne. Je sais que si je ne fais pas quelque chose à 200%, je ne suis pas opérationnel. Si c’est pour être l’ombre de moi-même cela ne m’intéresse pas.

L’Hebdo : Lorsque vous étiez joueur, vous aviez déjà cette fâcheuse tendance à partir au moment où personne ne s’y attendait ?
R. S. : C’est une question d’honnêteté je crois. A Toulouse lorsque j’ai fait un break d’un an pour partir surfer à l’autre bout du monde, tout le monde m’a dit « tu es fou ! » (Régis Sonnes était alors champion de France et sur les rails pour intégrer le XV de France, ndlr). Moi je sais que si je n’avais pas fait cette coupure, je n’aurais pas été bon l’année suivante. Je fuis le confort.

L’Hebdo : A Agen, vous aviez quitté l’aventure une année juste avant la finale. Est-ce un regret ?
R. S. : Non je n’ai pas de regret. Même si c’est vrai que lorsque j’ai vu le Sporting perdre en prolongation, je me suis dis « mince si j’avais été là mon expérience aurait pu servir ». N’y voyez pas un pêché d’orgueil, juste le fait que ce genre de match se gagne sur la capacité à gérer certains événements. Et comme j’étais proche de la retraite à ce moment-là, j’avais le vécu pour aider dans ce type de moment. Ou pas d’ailleurs, on ne le saura jamais.

L’Hebdo : On évoquait vos années agenaises. Qu’en reste-t-il aujourd’hui ?
R. S. : C’est un moment très important dans ma vie de rugbyman mais aussi, et surtout, d’homme. Christian Lanta m’a fait comprendre beaucoup de choses. Il a su déceler en moi une certaine forme de leadership que je ne pensais pas avoir. Quelque part, il m’a mis sur les rails pour entraîner. Plus tard, lorsque je suis revenu à Agen, c’est encore lui qui m’a offert mon premier poste d’entraîneur. C’est donc quelqu’un qui a beaucoup compté tout comme Christophe (Ndlr : Deylaud) avec qui on a vécu de grands moments à Agen comme à Toulouse d’ailleurs…

L’Hebdo : Ce soir, il faudra laisser les sentiments de côté ?
R. S. : C’est évident. C’est un match capital pour les deux équipes. Pour Agen, c’est un match à domicile, pour nous c’est le début de quatre rendez-vous (Agen, Toulouse et La Rochelle à domicile et Brive à l’extérieur) où il faudra être bon si l’on veut exister dans ce championnat.

L’Hebdo : Gagner à Agen c’est donc impératif pour une équipe qui prétend jouer les premiers rôles ?
R. S. : Si je vous réponds oui, l’article est affiché en 4×3 dans les vestiaires agenais dès sa sortie ! Une bonne pub pour vous, moins pour nous (rires). Le rugby c’est d’abord le respect de l’adversaire. Si tu ne l’as pas, tu es mort. On vient à Agen pour instaurer une dynamique. Pour l’instant c’est notre seule ambition avec celle de bien jouer au rugby.

L’Hebdo : Quand on regarde cette équipe béglaise, on se dit que trop souvent elle trébuche de façon inexpliquée alors qu’elle a le match en main. Comment expliquez-vous cette propension à laisser filer ce genre de match ?
R. S. : Le manque de maturité tout simplement ! Notre marge de progression se situe là, dans note capacité à être plus efficace. Il ne faut pas oublier qu’il y a cinq ans, l’UBB était le 24e club français ! Aujourd’hui si vous regardez les équipes qui sont devant nous au classement, ce sont toutes des formations qui ont un gros vécu. Il y a cinq ans de ça, ils étaient déjà en haut de l’affiche avec des joueurs habitués à jouer des matches de très haut niveau. On voudrait tous accélérer ce temps de maturation mais c’est malheureusement très compliqué. C’est déjà une progression très honorable me semble-t-il…

L’Hebdo : A l’issue de cette saison, où imaginez vous votre futur ?
R. S. : Difficile à dire. Soit je fais un break total, soit je pars à l’étranger découvrir une autre culture comme je l’avais fait lorsque je suis parti en Espagne. Il faut juste que le projet colle avec celui de ma famille… Une chose est sûre, je n’entraînerai pas en France, c’est une question de respect par rapport à la grande famille de l’UBB…

C. R.

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