Témoignage // Dans le fracas de Sivens


Ils étaient une cinquantaine, ce mercredi soir, devant la Tour de Paris, à venir rendre un hommage à Rémi Fraisse, le jeune homme décédé lors des manifestations sur le site de Sivens, le week-end dernier. Ils répondaient ainsi à l’appel du collectif Notre-Dame-des-Landes 47. Parmi eux, se trouvait Fred Bordes, Lot-et-Garonnais, qui était à Sivens lors des événements. Fred est un habitué de ces Zones à Aménagement Différé occupées par les militants écologiques. Il s’est rendu également à Notre-Dame des-Landes ou, plus récemment, à Sainte-Colombe-en-Bruilhois : « Je suis un citoyen lambda » précise-t-il. « Je ne suis affilié à aucun parti politique ou mouvement de protestation, même si j’ai été membre d’Attac à un certain moment. Je viens manifester sur les ZAD lorsque je considère que les projets qui les affectent sont pharaoniques et destructeurs ».
Fred est encore aujourd’hui étonné du déchaînement de violences qui s’est abattu à Sivens : « C’est une petite ZAD. Quelques dizaines de personnes seulement l’occupent tous les jours, beaucoup moins qu’à Notre-Dame. Mais, là, rien que la vision du site est déjà violente… 20 à 30 hectares de forêt ont été arrachés pour faire place à un no man’s land ».

Violents et non-violents

Ce week-end-là, Fred Bordes était parmi les manifestants face aux forces de l’ordre « comme cela se déroule chaque week-end. Il faut savoir que parmi les militants, deux écoles s’affrontent : les non-violents qui occupent les lieux et ceux qui croient que la seule possibilité pour arrêter les tractopelles est de recourir à la violence. Ils sont cagoulés et savent qu’ils vont en découdre. C’est une course à l’usure. Certains parmi les manifestants sont là pour faire monter la tension et la colère. Ce jour-là, un tir de caillou contre les CRS a été l’étincelle qui a mis le feu aux poudres ».
Fred, lui, a préféré rebrousser chemin alors que les gaz lacrymogènes envahissaient le terrain et le rendaient irrespirable : « Nous nous sommes réfugiés plus loin, au campement basé sur la métairie de l’agriculteur menacé par le projet. J’avoue, je n’avais pas vu autant de violences depuis 1985 à Toulouse, sur des manifestations avec le Scalp. Nous avons entendu toute la nuit les affrontements continuer avec le bruit des hélicoptères non stop au-dessus de la tête. Au petit matin, on nous a informés qu’il y avait eu un mort parmi les manifestants ».

Annabel Perrin

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