Zadistes et riverains :  le bonheur est-il au près ?


Monique se promène. Polaire rouge sur les épaules, bâtons de marche à la main et grosses chaussures boueuses, la sexagénaire n’a pas peur de la distance. Surtout que, elle l’a appris de la bouche de ses hôtes, « des Zadistes sont dans le coin ». Alors pas question pour la retraitée belge de passer à côté de cette « attraction qui n’existe pas chez moi à Bruxelles ». Elle n’osera pas rentrer sur les terres frappées d’un drapeau noir mais constate « qu’ils sont bien installés. Si j’étais restée plus longtemps, j’aurais bien discuté avec eux ».

Le tourisme de la ZAD
Dans le café de la place de la mairie à Sainte-Colombe, on a un nom pour tous ces badauds de plus en plus nombreux à venir dans ce petit coin de campagne : « les touristes de la ZAD ». « C’est sûr que l’on n’a jamais autant parlé de notre village que ces derniers mois », glisse une habituée des lieux.
La ZAD de Sainte-Colombe fait désormais partie du quotidien des locaux, dans les discussions comme dans le paysage. Au-delà des tenants du pour ou du contre, la cohabitation s’est installée. Dénoncée comme génératrice de tensions par les responsables politiques et syndicaux, ce sentiment se révèle plus mesuré à l’épreuve du terrain.

« Le cirque Bonotto »
A Brax, commune qui jouxte la ZAD, les habitants ne sont pas avares en commentaires. A condition de rester anonyme. Surtout chez les professionnels du petit centre commercial. « Ils sont toujours corrects et polis », raconte cette détaillante. Même son de cloche chez l’artisan voisin. « Je les vois arriver avec leur âne, ils demandent si on peut donner du surplus. Ils m’ont même invité à prendre le café… »
Chez les clients, en revanche, la position est plus tranchée. « Moi j’appelle ça le Cirque Bonotto, martèle Arthur, Braxois retraité. Si je ne suis pas allé voter, c’est à cause de gens comme ça. Ils vivent de quoi alors que nous on a passé notre vie à suer ! Allez demander à mon fils, c’est leur voisin, vous verrez ce qu’il en pense. »

« Ecolos ou anarchistes ? »
Direction les alentours de la ZAD alors. Il y a des champs. Mais aussi des gens. Toute une route bordée de pavillons où retraités et actifs ont élu domicile. Didier, jeune retraité dont la maison sera démolie au profit de la zone d’activité les a croisés « deux ou trois fois ». Il a une vue imprenable sur leur camp et une ligne directe avec la musique qui jaillit des baffles. « Je ne suis pas pour leur action, explique-t-il, mais ça ne me gêne pas. Ce qui me préoccupe c’est plutôt de savoir combien les Domaines vont racheter la maison. » Pour Jean-Louis, qui est à une jetée de pelle du camp, « on ne se parle pas, c’est politesse minimum, un bonjour et c’est tout. On a bien eu quelques problèmes avec leurs chiens qui se baladaient partout, mais ça a été réglé. » Autre anicroche, ce poulailler construit sur les terres d’Annick. « On leur a demandé de l’enlever, ils l’ont fait », déclare-t-elle. Elle ne sera pas plus diserte. La ZAD a beau être une nouveauté dans le paysage, elle ne bouleverse pas pour autant les habitudes de la petite place. « Je les suis de loin, sur les réseaux sociaux, et je ne comprends plus s’ils sont écolos ou anarchistes », s’interroge cette voisine. Le meilleur moyen de le savoir serait d’aller leur demander. Un point info-accueil a même été aménagé à cet effet sur la ZAD.

Gauvain Peleau-Barreyre

Des responsables de plus en plus remontés

La semaine dernière, l’Agglomération d’Agen et la Coordination rurale ont tour à tour publié deux communiqués pour réagir à la venue de nouveaux Zadistes. Ces derniers ont pris possession d’une maison déjà achetée par la collectivité pour être démolie et céder sa place à la technopole.
« Une petite dizaine d’individus marginaux occupent illégalement une maison d’habitation appartenant à l’Agglomération sur le périmètre du Technopole Agen-Garonne à Sainte Colombe en Bruilhois. L’Agglomération d’Agen condamne avec la plus grande fermeté ces agissements et le non-respect de ce droit fondamental qu’est la propriété privée. L’Agglomération d’Agen est extrêmement déterminée à tout mettre en œuvre pour faire respecter la Loi et l’État de Droit dans ce dossier. »
La plainte déposée pour violation de domicile n’ayant pas abouti, des élus sont montés au créneau pour fustiger la présence des Zadistes, coupables selon eux de perturber la tranquillité publique.
La Coordination rurale de Lot-et-Garonne, organisation syndicale puissante dans le département, s’est alors jointe au mouvement en envoyant une communication intitulée « Sainte-Colombe-En-Sivens » et qualifiant les Zadistes de « terroristes ». « La Coordination Rurale 47 a été contactée par un agriculteur exploitant des terres qui jouxtent la propriété de Monsieur Bonotto, des terres désormais annexées par les zadistes pour y construire des parcs pour animaux, poules et chèvres, sans autorisation bien sûr. Le droit de propriété est bafoué ! La situation a été signalée aux autorités, au Préfet, au Maire. Personne ne bouge. Chaque jour qui passe aggrave la situation. L’agriculteur éleveur, inquiet de possibles représailles de la part des envahisseurs, n’ose nous demander d’intervenir pour l’aider à reprendre possession des terres qu’il cultive.  La peur s’installe chez lui et chez ses voisins. Intolérable ! Une forme de terrorisme ! »

Tweet about this on TwitterShare on Facebook0

Tags:

Laisser un commentaire

Pas de Commentaires

Les commentaires sont fermés